PANDORA. — LES AFFINITÉS
L'influence des théories dérivées, comme on l’a vu, d’une certaine conception de la tragédie antique, s'exerce encore de façon très frappante sur plusieurs essais dramatiques composés de 1799 à 1807, dont Pandora est le plus intéressant pour nous, et sur le roman des Affinités.
Pandora.
L'étude du drame allégorique de Pandora et du romantragédie des Affinités laissera clairement apercevoir les influences immédiates ! : événements historiques, état sentimental du poète. À l’époque où Gæthe va composer ces deux ouvrages, tout n’est, autour de lui, que ruine et désastre. Si son génie l’a fait respecter des vainqueurs et si son intervention a pu servir plus d’un ami, il n’en est pas moins profondément touché du deuil public : la contribution de guerre pèse lourdement sur le duché, qu'occupent encore des troupes
4. Les théories scientifiques dont il sera question dans les Affinités ne peuvent être rangées parmi ces influences immédiates : l'inspiration première du roman ne vient pas d'elles.
françaises; Charles-Auguste, désespéré, à dù fournir des soldats à Napoléon, et la duchesse Amalia vient de succomber à l'excès du malheur, laissant à Gœthe un grand chagrin. C'est le travail qui lui fera supporter toutes ces tristesses. IL est à Carlsbad de mai à septembre 1807, heureux, dit-il, d'oublier la guerre; il rentre à Weimar le 6 septembre et, de nouveau, part le 11 novembre pour léna, afin d'y travailler dans le calme, Il a, dès lors, conçu le plan de ce poème d'espoir et de réconfort que sera Pandora. Mais il n'en fera pas un chant de guerre : il rêve moins d'une revanche pour son pays que d'une ère de paix et de travail fécond; de la parfaite harmonie des facultés et de l'activité humaines, il attend le règne terrestre de la beauté. — En même temps, l'amour dont le poète presque sexagénaire s'éprend pour une jeune fille de dix-huit ans, Minna Herzlieb, peu de temps après qu'il a, par reconnaissance, légitimé son union avec Christiane, provoque une crise sentimentale dont il sort, encore une fois, grâce à sa méthode cathartique, qui purge les passions en les transformant en œuvres d'art, et surtout par l'effort de la raison et par le sacrifice ‘. Il nous dit lui-même que la composition de Pandora et celle des À f/inités pouvaient marcher de front, puisque les deux ouvrages avaient pour fond la mème idée : le renoncement*.
Le groupe de drames ou de dramolets signalé plus haut, dont Pandora est le dernier en date, et qui ont pour caractère commun l'allégorie ou le symbole, comprend d'abord un projet de cantate ou d'opéra, Les Danaïdes, qui, d'après Riemer*, devaient faire suite aux Suppliantes d'Eschyle: Paléophron et Néoterpe est une pièce de circonstance composée pour l'anniversaire de naissance de la duchesse Amalia (24 octobre 1800); Was air bringen fut joué le 26 juin 4802, à l'inauguration du nouveau théâtre de Lauchstädt; le projet
1. Sur ce que Gæthe a mis de son expérience et de ses sentiments personnels dans Pandora, voir W. Scherer, Aufstze ueber Gætkhe, 2 Auf. p. 26& et suivantes; Max Morris, Gœæthe-Studien, ? Aufl., Bd I, p. 269 et suivantes.