‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 214 sur 270 · II, cap · texte numérisé non relu

II, cap

ce nouveau lien qui se forme au moment même où le bonheur de sa vie menaçait de s'écrouler et de disparaître’. Mais une sorte d'ironie tragique règne d’un bout à l’autre du roman : les prévisions les plus raisonnables sont déjouées, et la fatalité n’est pas représentée seulement comme irrésistible, c'est une puissance maligne par qui chaque dessein des personnages aboutit à l'inverse de ce qu'ils s'étaient proposé ? : ce qu'ils établissent pour la paix produit la discorde, leurs fêtes ont le deuil pour hôte, et les arbres qu'ils plantent n’abritent que le malheur. Pourtant il n’est aucun d'eux (si l'on excepte Edouard, malheureux inconscient) qui n'ait la ferme volonté du bien : Charlotte, le capitaine, Ottilie elle-mème cherchent à dominer leurs séntiments les plus forts; mais chaque pas qu'ils font les fait choir plus profondément dans le malheur, et les efforts de Charlotte sont, par le résultat, pareils à ceux d'Ædipe.

La loi qui se soumet si rudement les personnages est mystérieuse pour nous, parce qu'elle résulte des influences obscures de notre nature physique sur notre volonté. Gœthe se justifiait d’avoir usé d'une comparaison chimique en disant que la nature est une, et que la liberté de notre raison est traversée par une « nécessité passionnelle ». Cette nécessité nous apparaît moins chez les personnages dont l'état physiologique est normal, par exemple chez Charlotte et chez le capitaine : il

Page 1