À Eckerm., IT, 244 (à propos de Mozart
3. Si l’on veut maintenant se représenter ce qu’une telle force peut être en soi, l'interprétation de Môbius (0. L., p. 123-4) pourra sembler plausible et, comme le souhaite l’auteur, assez conforme aux idées de Gœthe : c’est en apparence seulement que nous sommes des êtres distincts les uns des autres, des individus : par l'esprit, non moins que par le corps, nous ne sommes que des parties d’un tout et nous ne vivons que comme ses organes. Dans l’état normal notre union avec les autres êtres et avec le tout ne nous est pas sensible, mais dans l’état pathologique — ou si nous avons du génie — le voile qui borne notre vue se déchire, nous agissors et sentous de façon singulière les influences inconscientes se révèlent à nous. De là vient ce que nous appelons merveilleux ou démonique : il n’y a rien là qui ne rentre dans la connexion régulière des choses, mais le comment nous échappe.
reste possible. Nous sommes donc amenés à répondre, nous aussi, à la question si souvent posée de la moralité du roman de Gæthe. Cette question n’est pas si complexe, et sa solution s'accorde avec l'idée hégélienne de la tragédie que nous rencontrerons encore plus d'une fois. Edouard et Charlotte ont commis une faule initiale. Ce n'est pas, à vrai dire, parce qu'ils ont, imprudemment, mêlé des tiers à leur intimité, car ceci, dans l'espèce, est moins une cause qu'un effet, et si la fatalité n'était ainsi déchaînée que pour ce seul motif, la signification morale du roman serait singulièrement rétrécie et mesquine. Non, la faute irréparable d'Edouard et de Charlotte est de s'être unis sans qu'il y eût dans leur mariage ni assez d'amour ni assez de raison. Ils ont voulu « à un certain âge, réaliser les désirs et les espérances de la première jeunesse », oubliant « que dans la vie de l’homme chaque période de dix ans a son bonheur propre », et qu'il est toujours funeste « d'anticiper ou de rétrograder ? ». Charlotte rappelle elle-même, dans son récit-prologue, qu’elle a d'abord résisté, car elle a le même âge qu'Edouard, et, comme femme, se sent moins jeune que lui*; mais Edouard a voulu réaliser à tout prix son rêve de jeunesse, et sa fidélité « opiniâtre, romanesque même » a fini par l'emporter. C’est en effet le rôle d’un héros de roman qu'il a joué vis-à-vis de lui-même, et il y a du vrai dans le discours enflammé où il déclare à Mittler sa passion pour Ottilie : il peut, avec raison, dire « qu'il n’a pas encore aimé », et que tout n'a été jusque-là dans sa vie qu'un « amusement“ ». Son union avec Charlotte n'est qu'un édifice précaire, sans assise ferme : le choc d'une passion vraie le jettera bas. En nous plaçant à ce point de vue, qui est le véritable, nous apercevons clairement l'erreur de plu-
1. On trouvera résumées et discutées les opinions émises à ce sujet, depuis la publication même du roman, dans l'étude très complète et très vivante de M. H. Schæœn : Quid boni periculosive habeat Gæœthianus liber qui A ffinitates electivae inscribitur. Paris, 1901.
2 LRREXITe