‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 22 sur 270 · Entendez : « indiqués d'une manière idéale · texte numérisé non relu

Entendez : « indiqués d'une manière idéale

conception de la tragédie grecque diffère essentiellement, et que chacun à sa manière d'interpréter et de commenter Aristote. C'est toutefois à tort que Hettner‘ reprochait à Herder de ne pas reconnaître, avec Lessing, « que le drame n'est pas de l’histoire dialoguée ». Il est inexact de dire que Herder, trompé par certains drames, fort imparfaits, de la jeunesse de Shakespeare ait « confondu la nature de l'action dramatique avec celle de l'événement épique, ou, pour mieux dire, l'unité d'action avec l'unité de personnage ». Pareille confusion ne pourrait se concilier avec certaines pages de sa Dissertation® : 11 montre au contraire — nous l'avons vu — comment le drame de Shakespeare forme « un ensemble », un « tout » qui peut être parfois strictement conforme à la règle d’Aristote.

On ne voit donc pas que les idées de Hérdér sur l'unité d'action puissent avoir exercé sur le drame du Sturm und Drang et sur celui des Romantiques une influence néfaste. Le mérite de sa dissertation est d’avoir montré lies raisons historiques qui non seulement expliquent les différences profondes du drame grec et du drame shakespearien, mais font aussi de ce dernier le seul modèle que les Allemands puissent se proposer d'imiter. Herder fait voir que Shakespeare ne trouva l'unité et la simplicité ni dans les mœurs, ni dans les conditions, ni dans les sentiments, ni dans le langage de son temps; point dé caractère national, des spectacles de marionnettes, « bien pauvre argile dont il tira la superbe création qui se dresse et vit sous nos yeux »; c'est de cette multiplicité, de ces éléments disparates que son génie a su faire un merveilleux assemblage, et c'est lui que le théâtre allemand doit prendre pour maitre, au lieu de s’épuiser dans une imitation stérile des Tragiques grecs.

Ces idées de Herder, appuyées de saines considérations historiques, n’ont rien en somme de très hardi : ce qu'il y à d’effréné dans sa dissertation, c’est plutôt le ton et le style; celui-ci répond assez exactement à l’idée que se faisait Boileau

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