Cf. Haym (I, 436 et suivantes
du désordre pindarique ; l'enthousiasme y tourmente à chaque instant la syntaxe : l'abus de l'accumulation et de l’exclamation, une rhétorique violente et désordonnée y nuisent parfois à la clarté; on peut, à propos de certains passages, se demander, avec H. Lambel, si Shakespeare a « gâté » le jeune Gœthe, sans qu'il y eût de la faute de son maître. Sans parler de ce style qui donnait à des idées fort modérées l'air d'un appel à la plus libre fantaisie, Herder ne disait-1l pas, par exemple, que lorsqu'il lisait Shakespeare, « théâtre, acteur, coulisse disparaissaient », que ce n'étaient plus « que des feuilles séparées, s’envolant du livre des événements, de la Providence universelle, et flottant dans l'orage des temps »? Nous savons, sans doute, ce que ce lyrisme contient de critique et de raison, mais il n'est pas surprenant que la jeune génération à qui l’on parlait ainsi de Shakespeare se soit crue autorisée à se mettre au-dessus de toutes les exigences de la scène.
C'est surtout dans les Remarques sur*le Théâtre de Jacob Lenz que se trouvent « de violentes ‘attaques contre le théâtre régulier‘ ». Elles furent publiées en 1774, en tête d'une traduction de Love’s labours lost, et elles étaient précédées de quelques lignes d’avant-propos qu'il est intéressant de reproduire parce que Gœæthe, dans les Mémoires, y fait allusion, non sans aigreur. « Cet écrit, disait l’avant-propos ?, fut lu dans une société de bons amis deux ans avant l’apparition de Deutsche Art und Kunst et de Gœtz von Berlichingen. Comme il pourrait s'y trouver, pour les belles-lettres d'aujourd'hui, des observations que ces deux ouvrages n’ont pas rendues superflues, nous les communiquons à nos lecteurs en sections détachées (rhapsodienweis), comme le libre raisonnement d'un dilettante impartial ». Gœthe conteste que ces
AW tu D ES PXINE 2. Ed. de L. Tieck. Bd. II, p. 200.
Remarques aïent jamais été produites sous forme de conférence, à Strasbourg : l'existence d’un cercle littéraire de cette ville dont Lenz aurait été un familier, mais que luimême n'aurait point connu, lui semble fort « problématique ». Il n'en a pas moins, ajoute-t-l, procuré à Lenz un éditeur pour cet écrit comme pour tous les autres, sans se douter qu'il l'avait spécialement choisi pour objet de sa haine et de sa persécution. Lenz a d’ailleurs trouvé des défenseurs qui se sont vivement élevés contre ce grief d’avoir antidaté les Remarques : l’un d'eux! pense même qu'il est très vraisemblable, pour ne pas dire certain, que Gœthe, éditan en 1714 l'ouvrage de son ami, a écrit lui-même cet avantpropos.
: Quoi qu'il en soit, et même en admettant le dire de Gœthe, les idées développées dans cette dissertation n'en sont pas moins celles qui s’agitaient en 1771 dans le groupe de Strasbourg. Le mérite de Lenz est de les avoir présentées avec cohésion et d’avoir, avec une grande vigueur de raisonnement, montré que la théorie d’Aristote, purement empirique, ne saurait convenir au théâtre moderne. Ses observations sur le vi chapitre de la Poétique sont fort judicieunses : le texte est suivi de près et la discussion se tient sur un terrain solide. « La fin de la tragédie, dit Aristote, cité par Lenz, est une action, non une manière d’être; c'est par les mœurs qu’on est tel ou tel, par l’action qu'on est heureux ou malheureux. Le poète n'imite donc pas l’action pour arriver par là aux mœurs; au contraire, il ne comprend les mœurs dans son œuvre qu’en vue de l’action”. » C’est là la base sur laquelle ést construit « le superbe édifice du théâtre grec », mais les modernes ne peuvent continuer d'y bâtir : « l’action, ou la fable, poursuit le philosophe, est bien la fin de la tragédie... et sans action il n'y pas de tragédie : 1l peut y en avoir sans mœurs ». Jei, dit Lenz, nous ne pouvons en aucune manière approuver Aristote, alors même qu'il aurait eu mille fois raison de son temps. Et d'où vient cela? C'est