‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 221 sur 270 · Il, x · texte numérisé non relu

Il, x

2. I, n, et IT, xx. Dans ces deux extraits parait, en effet, très nettement la disposition d’Ottilie « nach diesem aufgedrungenen Gefühl von Vergänglichkeit und Hinschwinden ». (11, 1v.)

LE ROMAN DES AFFINITÉS. 349 ce qui lui convenait». Aveu siingénu qu'on ne peut tenir rigueur au romancier! Il est pourtant regrettable que Gœthe, au lieu de s’en tenir à sa première idée, jette à plein sac — à l'encontre du proverbe grec — des maximes de tout genre et de valeur très inégale. Aussi bien l’a-t-il chèrement payé : le Journal d'Ofttilie est presque toujours critiqué ou raillé sans mesure. M. Ed. Rod, dans un aimable et facile Essai

sur Gœthe, en souligne quelques banalités? : mais combien d'observations sur la vie simple et profonde, sur la vraie politesse, sur l'affection et sur l'amour, où Gœthe ne fait point sentir « sa lourde main d’ancien ministre »!

Nous avons vu comment, dans les essais antiquisants de Gœæthe, le tour sentencieux tend à l'effet plastique : c’est aussi le cas dans les Affinités, mais ici le même effet est également obtenu par des moyens plus directs. La tendance du poète, que nous avons si souvent signalée, se marque maintenant de plus en plus : il ne peut faire agir ses personnages sans voir en même temps la ligne que projettent leurs mouvements et leurs groupes. Et l’on peut voir nettement que son œil est d’un sculpteur plus que d’un peintre : le pittoresque est rendu quelquefois d'une manière imprécise”, tandis que les reliefs ont toujours une grande netteté. Certaines attitudes d'Ottilie nous deviennent familières, notamment son geste de dénégation que l'auteur analyse‘: « Elle appuie

1 AT x.

2. Le dernier des « échantillons » qu'il choisit montre précisément combien, dans un cas de ce genre, il est difficile d’être juste. M. Rod cite le passage où il est dit que le meilleur naturaliste est celui qui sait nous représenter l’objet le plus étranger, le plus singulier, avec sa localité, avec tout son voisinage, toujours dans son propre élément. Cette observation d'Ottilie est ici tout à fait à sa place : elle se déduit logiquement de ce qui a été dit de la vie distraite, et elle est en parfaite harmonie avec le caractère de la jeune fille.

3. Voici notamment une description de chapelle qu’il ne faudrait point donner en exemple : Durch das einzige hohe Fenster fiel ein ernstes, buntes Licht herein : denn es war von farbigen Glüsern anmuthig zusammengesetzl. Das Ganze erhielt dadurch einen fremden Ton und bereitete zu einer eigenen Stimmung. Die Schünheit des Gewülbes und der Wände war durch die Zierde des Fussbodens erhüht, der aus besonders geformten nach einem schünen Muster gelegten, durch eine gegossene Gipsfläche verbundenen Ziegelsteinen bestand. (IT, ur.)

l'une contre l’autre ses mains ouvertes, les élève vers le ciel, puis les ramène vers sa poitrine, en faisant une légère inclination, et en adressant à celui qui fait la demande importune un regard expressif... »; le même personnage devient une gracieuse Penserosa' dans les promenades où elle va lisant et portant l'enfant de Charlotte. L'architecte, debout près du cercueil d’Ottilie, devient une statue de la jeunesse en deuil? : «.Nanny, sans dire un mot, lui montra du doigt sa pâle maîtresse. Et lui, se tenait debout de l’autre côté, avec la vigueur et la grâce de la jeunesse, rentré en luimême, immobile, recueilli, les bras tombants, joignant et tordant ses mains dans une expression de pitié, la tête penchée et le regard fixé sur la morte. » Cette préoccupation de Gœthe se montre dans certains détails d’une façon singulière : Édouard prend la main d'Ottilie et l'appuie contre ses yeux : « C’étaient peut-être, croit devoir ajouter l’auteur, les deux plus belles mains qui se fussent jamais pressées l’une l’autre * ». Les scènes traitées plastiquement et offrant une action décomposée en attitudes et en groupes abondent dans le roman : les moments principaux sont, à proprement parler, présentés en relief. Telle est, par exemple, la scène de la barque échouée* où le capitaine prend Charlotte dans ses bras, lui donne ce baiser qui lui est presque rendu, et où tous deux rentrent au château, silencieux et appuyés l’un contre l’autre. Tel est encore le groupe très dramatique formé par Ottilie et l’enfant de Charlotte, qu’elle porte inanimé : «elle tombe à genoux dans la barque, et, de ses deux bras, elle élève l'enfant déjà roide au-dessus de sa gorge innocente, aussi blanche, mais, hélas, aussi froide que le marbre : ses yeux humides sont tournés vers le ciel, dont elle implore assistance‘... » Il est à remarquer aussi qu'à partir du moment où Ottilie s'impose de garder à jamais le silence,

LIT, xir.

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