‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 24 sur 270 · Dieck., 0:10. p · texte numérisé non relu

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qu'il ne s’écarte jamais des données de l'expérience ! « Comme un inflexible destin déterminait et gouvernait les actions pour les Anciens, celles-ci pouvaient intéresser comme telles, sans servir à pénétrer et à rendre visible le fond de l’âme humaine : pour nous, au contraire, nous n’aimons pas ces actions dont nous ne voyons pas la cause, nous n'y prenons aucun intérêt ». Cette différence essentielle qui sépare le drame antique du drame moderne, n'avait pas encore été formulée, notons-le bien, et c’est le mérite durable de la Dissertation de Lenz de l'avoir logiquement déduite et mise en lumière. Les applications qu’il en fait sont pourtant assez contestables : la raison est que Lenz abuse des déductions a priori et ne cherche pas à contrôler ses conclusions par les faits : d’autres reprochaient aux Français une application toute formelle de principes empruntés ou attribués à Aristote : pour Lenz, c’est sa théorie dramatique tout entière qu'ils se sont appropriée : « Ils ne tiennent pas seulement, avec Aristote, les caractères pour chose accessoire, mais, comme Madame Dacier l’a fort bien montré, ils ne peuvent même pas les souffrir dans la tragédie? ». Cette prétendue absence de caractères, que rien ne justifie dans la tragédie française, s'explique, chez les Grecs, par « l’00s des spectacles*® ». En effet, comme pour eux, tout était soumis au Destin, il leur eût semblé sacrilège de faire dominer les événements par les caractères : Œdipe était plus volontiers mis à la scène que Diomède, car le drame grec voulait inspirer non de l'admiration pour des héros, mais une sorte de terreur religieuse. De là ce principe, que cette conception du drame rendait nécessaire, secundum autem sunt mores. La conception moderne est tout autre, et la nature très différente du héros et de l'idéal tragiques entraîne de notables différences dans l’économie du drame. « Aristote, dit Lenz’, distingue toujours l’action du héros agissant qui, bon gré

1. Gœthe sera, plus tard, frappé de ce caractère de la Poétique (voir plus bas, page 253). Gardait-il un vague souvenir de ces Remarques de Lenz?

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