Cf. Hipp., 67, et le Scholiaste
3. Chor der Vorigen représente évidemment Chor der Festleute.
roi paraissait ensuite, portant le corps de son fils ; la nourrice, interrogée et menacée, finissait par livrer le secret, et la situation, terrible pour Clymène, se dénouait par l’intervention d’une divinité.
Dans la restitution de Gœthe, le récit de l’&ÿyshos vient compléter ce que la scène entre Hélios et Phaéthon a mis sous nos yeux. Wilamowitz donne ce récit à une Héliade, et le place entre les deux fragments de notre manuscrit : selon Blass, au contraire, l'&yyektxn Sñsu ne venait qu'après le second fragment, à la fin de la tragédie, et cette opinion a pour elle de solides raisons. En effet dans la scène où Clymène et le-chœur ont devant elles le corps de Phaéthon, la malheureuse mère voit que son fils a été frappé de la foudre, et elle accuse Hélios « de l'avoir perdue », mais de la folle aventure il n'est fait aucune mention. Cependant, cette hypothèse prête à une objection sérieuse : si la mort de Phaéthon reste un mystère et pour Clymène et pour le spectateur, ira-t-on greffer sur cette première question non résolue cet autre problème que pose la dernière partie de la pièce : comment Clymène échappera-t-elle à la vengeance de Mérops? La solution de Wilamowitz écarte cette difficulté : elle n'existe pas pour Gœthe, mais c'est au prix de la grave erreur signalée plus haut. Son scénario finit donc avec l'entrée du messager, un pâtre qui du haut d'un rocher a entendu le dialogue d'Hélios et de son fils.
Telle est la restitution de Gœthe. Il serait sans intérèt d’insister sur ses erreurs inévitables, et l’on en voit aussi trop clairement les lacunes : elle ne nous dit pas quelle est la fiancée de Phaéthon', et parle vaguement d'une nymphe; elle laisse de côté ce second nœud de la tragédie qui, dit Wilamowitz, donne à « l'esthétique triviale » l’occasion de critiquer une double action, comme dans Hécube et dans Hérañklès. Mais l'analyse résumée qui précède nous a montré avec quelle intuition et quel profond sentiment Gœthe cherche à rendre la vie « à ces reliques dont il s'approche
4. Question d'ailleurs très controversée : Aphrodite, d'après Wilam.; Séléné, d'après Wecklein.
avec dévotion ». Il est, en les rétablissant, dans cet état de subconscience où il se trouvait lui-même en composant : sans qu'il le sache ni le veuille, ces fragments, nous dit-il, se restaurent dans sa pensée, et il voit dans son ensemble un des plus beaux drames d'Euripide. Il admire ce drame parce que, « sans labyrinthe d'exposition », 1l nous mène dès l’abord à des scènes grandioses; il l’admire pour les contrastes frappants et,.en quelque façon symboliques, qu'il nous montre. Ici Gœthe pense évidemment aux deux scènes contrastées où il faisait successivement paraître « le père terrestre et le père céleste ». Mais s'il se trompe en supposant qu’elles étaient mises sous nos yeux, il n'en dégage pas moins justement la philosophie du sujet même. Enfin un rapprochement se fait dans son esprit entre Phaéthon et Hippolyte’. Les traits communs ne nous frappent pas dès l'abord : on peul dire cependant que l’une et l’autre tragédie nous montrent un jeune homme de caractère énergique et loyal, victime d’une destinée lamentable et puni d'une ambition surhumaine : car dédaigner la divinité ou vouloir s'égaler à elle suscite également la Némésis. Et le détail peut aussi suggérer certains rapprochements : la douleur de Clymène et celle de Thésée s'expriment en des scènes de quelque analogie. On pourrait ajouter que les scènes finales apportent la même catharsis, au sens où l'entend Gœæthe, c'est-à-dire la même sorte d'apaisement : des honneurs divins sont annoncés, qui doivent racheter ce que le sort des deux jeunes hommes a eu de trop rigoureux.
Le 3 mars 1832 Gœthe parlait encore de travailler au Phaëthon d'Euripide. Il gardait toujours la même admiration pour cette tragédie, et le même désir de la voir fidèlement restaurée.