‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 233 sur 270 · À Eckerm., I · texte numérisé non relu

À Eckerm., I

2. Publiée dans la Gazette de Francfort du 31 déc. 1902 par B. Suphan, et traduite et annotée dans la Revue des Etudes grecques, XVI, n° 68-9, janvieravril 1903. — La lettre est datée de Tennstedt, 1° sept. 1816. Y noter la mauvaise humeur de Gœthe contre le purisme des pédants.

la partie lyrique occupe une trop grande place dans les tragédies d'Eschyle ! », et, en effet, ce reproche ainsi formulé n’est pas, à tout prendre, fort intelligent : ilest bien d'un professeur de littérature qui, tard venu, et enveloppant d’une vue dominatrice une suite des faits accomplis, juge les œuvres non dans leur signification intime et vraie, dans leur Inspiration originale, mais en regard de je ne sais quel idéal du genre, d'un certain « point de perfection », bien plus étroitement conçu que celui dont parle La Bruyère, et en deçà ou au delà duquel un auteur monte ou descend. C’est la même méthode artificielle et fausse que Gœthe combattra avec énergie quand il prendra contre le même Schlegel la défense d'Euripide. — En 1823 Hermann publiait sa dissertation sur la Miobé d'Eschyle? : il ne cherchait pas à reconstituer le plan de la tragédie, se bornant à en recueillir les fragments et à les interpréter; mais cette étude intéressa Gœthe (une allusion très flatteuse l’invitait, nous l'avons vu, à la compléter*) et il s’en entretint avec Riemer et le chancelier von Müller “.

C'est en grande partie (nous l'avons vu) d’après le théâtre de Sophocle qu'est esquissée la théorie de la tragédie dans la correspondance avec Schiller; c’est à propos de Philoctète et des T'rachiniennes qu'il y est question des « masques idéals ». Gœthe, pour qui Sophocle est, avec Ménandre, l’exemplaire le plus parfait de pure et noble grandeur, est encore amené, dans les dernières années de sa vie, à parler du grand tragique, à propos d’études critiques ou de traductions. Nous voyons notamment qu'il est très familier avec la traduction de K. W.F. Solger’, à laquelle il comparera celle de

. Vorlesungen, ], 1v.

. Opusc., IT, p. 37 et suiv.

. Voir plus haut, p. 354.

. Cf. Biedermann, G°. Gespräche, IV. Bd., p. 294.

. Avec Eckerm., I, 150.

. [l'est naturel que Gœthe ait fait grand cas de cette traduction et de l’étudesur la tragédie antique dont elle est précédée. Solger est un vrai philosophe, d’une pensée à la fois large et ingénieuse : on peut le voir par sa théorie de l'ironie tragique, dans sa récension des Vorlesungen de Schlegel. Cf. Bursian, Geschichte der class. Philologie in Deutschland, p. 614 et suiv.

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G. Thudichum’. Mais c'est surtout le livre de Hinrichs, ses leçons d'esthétique Sur l'essence de la tragédie antique qui vont provoquer Gœæthe à la discussion. Hinrichs était un élève de Hegel, très apprécié du maître, nous dit-on, mais beaucoup moins goûté de ses lecteurs : ses Lecons sur le Faust de (rœthe l'avaient mal payé de sa peine : elles étaient rares par leur insuccès. Il est vrai que peu de philosophes ont jamais jargonné de façon plus pédante et plus obscure : Gœthe comparait son langage et sa pensée, toujours stagnants, à l'Einmaleins de la sorcière, et certaines pages (notamment dans la sixième lecon, sur le chœur) lui semblaient faites pour compromettre les philosophes allemands à l'étranger. Cette façon « artificielle et pesante » de penseret des’exprimer est-elle imputable à Hegel? Nous ne le croyons pas; mais c'est l'idée de Gœthe qui, tout en rendant justice au grand philosophe, déplore quelquefois son influence. Quoi qu'il en soit, ce sont bien les idées de Hegel sur Antigone que Gœthe réfutera chez Hinrichs.

La première thèse discutée est la suivante : le fondement de la vie familiale est la loi divine de l’amour; celui de la vie sociale est la loi humaine; famille, État, voilà « les puissances tragiques de la vie », et ce sont aussi les éléments de la tragédie grecque, qui nous émeut par les conflits de la piété familiale et de la vertu civique. Il ya 1à beaucoup de vérité générale, et Gœthe ne soñge pas à le nier : Hinrichs, d’ailleurs, aurait pu dire, en abusant un peu du vers fameux d'Euripide, que ce discours n’était pas de lui, mais qu'il le tenait de son père. Hegel met, en effet, au premier rang des sujets tragiques l’opposition de la famille et de l'État : « Ce sont, dit-il, les plus pures puissances de la représentation tragique, puisque l'harmonie de ces deux sphères, leur accord simultané dans le cercle de leur existence indépendante, constitue la perfection du monde moral? ». Mais il ne prétend nullement que tout sujet se ramène à cette sorte de conflit, et il en signale d'une autre espèce : ce sera, par

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