‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 236 sur 270 · De la tragédie anc., 0. l · texte numérisé non relu

De la tragédie anc., 0. l

à l'opinion de Hegel : il montre que Créon n'obtient point l'assentiment des vieillards de Thèbes, et que le poète est bien de cœur avec Antigone, placée au centre de son drame, et que les autres personnages servent à grandir; il nous rappelle, enfin, si l'excellence des arguments de Créon nous ébranle, que c’est là précisément l’art du poète dramatique, et surtout celui de Sophocle, qui n’a pas son maitre en fait de métier’, et qui est rompu à la rhétorique.

Gœthe déclare à ce sujet que cette habileté dialectique, cet art de mettre en valeur le vraisemblable et l'apparence ont quelquefois égaré Sophocle, et il cite le fameux passage d'Antigone (904-914) « où l'héroïne, après avoir montré la générosité de l’âme la plus pure, donne, au moment où elle marche à la mort, un motif qui est tout à fait mauvais, et qui touche presque au comique ? ». Il ajoute qu'il donnerait. beaucoup pour qu'un bon philologue prouvât par raisons que le passage est interpolé. Nous ne pouvons nous arrêter longuement sur ce morceau, qui a donné lieu à tant de controverses. Il est seulement à remarquer que, six ans avant la conversation de Gœthe, Auguste Jacob® avait déjà déclaré ces vers apocryphes. Dindorf, Nauck, Wolf, Wecklein, Lehrs, Schneidewin, Kvicala, Jebb, les rejettent aussi, en étendant plus ou moins l’interpolation. Par contre, Bæckh, Thudichum, Bellermann, Seyffert, Weil (approuvé par Diels), justifient le passage : ils mettent en doute une interpolation qui serait antérieure à Aristote, et dont le philosophe ne se montre nullement choqué *; ils ajoutent que notre manière de sentir n'est pas toujours celle des Anciens, et que biffer ce qui nous déplaît est d’une fâcheuse méthode. Les uns montrent que de légères corrections suffisent à lever nos doutes sur le texte; les autres s'appliquent à le justifier par des raisons psycho-

1. Gœthe montre notamment l’artifice de Sophocle qui, pour aviver l’impression de pitié, fait d’OEdipe à Colone un vieillard débile, alors qu’au temps de l’action ce doit ètre un homme en pleine force. x

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