Avec Eckerm., III, p
3. ’Avdyun 0’, Donep Téyvnc, del va émeycyvépeva xpateiv, I, 71.
4. Même dans la lettre bien connue sur le chœur et sur les époques de la tragédie grecque (à Zelter, 28 juillet 1803), Gœthe n'avait eu garde de blâmer Euripide. Il distingue : 1° « le vieux style » (tragédie presque uniquement
Entre Gœthe et Schlegel il y a, dans la façon de sentir et de concevoir l’art antique un désaccord profond, mais il ne pourrait éclater plus gravement que lorsqu'il s’agit d'Euripide. Et, de fait, Gæœthe ne s’est jamais montré aussi méprisant et agressif : pour lui, si Schlegel joue l’admirateur d'Eschyle et de Sophocle, c'est pure affectation, car sa « petite personne » ne peut se hausser jusqu'à ces grands génies, et s’il rabaisse Euripide c’est à l'exemple de quelques philologues. En 1831 Gœthe raillait encore ces « pauvres sires » (arme Heringe) qui s’attaquaient au poète grec. II oubliait toutefois que son propre sentiment avait varié. Le 6 novembre 1786 une représentation de l’Électre de Crébillon, « où la rage d’Oreste était à vous rendre enragé », lui avait fait comprendre, à ce qu'il disait, comment l’art déchu d'Euripide avait eu cet incroyable succès. La raison de son changement est dans l’évolution du génie de Gœthe pendant ces quarante ans. Ce n’est plus avec « l’art pur’ » de Sophocle qu’il se sent maintenant le plus d’affinité, mais avec l’art de celui des grands Tragiques qui a mis comme lui dans ses pièces ses sentiments personnels, sa science”, sa philosophie . de l’homme et de Ja nature, et enfermé plus d'un secret (viel hineingeheimnisst) dans la fiction dramatique.
lyrique, dont les Sept donnent une idée); 2° « le grand style » (le chœur, tout à fait indépendant, est le personnage principal; les rois et les dieux ne sont là que pour lui faire escorte : « c’est l’époque républicaine de l’art dramatique. Euménides, Suppliantes »); 3° « le beau style » (les rois et les héros sont au premier rang : le chœur, personnage subordonné, n’est plus qu’un témoin. Théâtre de Sophocle »; 4° l’action se restreint à des intérêts privés et le chœur n’est souvent qu'une tradition importune, « un vieux meuble hérité »; étant inutile, il joue le rôle d’un corps étranger dans l'organisme vivant d’un poème, notamment quand il lui faut garder des secrets qui ne l’intéressent point. Exemples dans le théâtre d’Euripide : Iphigénie en Tauride, Hélène. — On voit que Gœthe a trop le sentiment de l’histoire et de l’évolution nécessaire de la tragédie grecque pour traiter (comme fait Schlegel) Euripide en coupable.
1. .… von der reinen Kunst seiner Vorfahren herunsterstieg, dit-il dans la lettre citée plus haut.
2. Nous ne nous étonnons pas, par exemple, du soin et de la pénétration avec lesquels l’auteur du second Faust commente cette expression de Phaëéthon, xovsex Bühoc, quiest pour lui grosse de science.
En 1826, Gœthe, avec sa courte dissertation intitulée Nachlese zu Aristoteles Poetik, entre dans le chœur déjà nombreux des interprètes de la KXatharsis. On sait que les explications de la phrase fameuse sont généralement réparties en trois groupes! : physiologiques, morales et esthétiques. Du premier groupe sont notamment celles de Weil et de Bernays, du second, celle de Lessing, du troisième, celles de Ed. Müller, de Baumgart et de Bernardakis. L'explication de G&the se range parmi les esthétiques, mais elle diffère très sensiblement de ce qu’on donne en général comme type de ce groupe. Selon Dufour et Hatzfeld?, la formule de ces explications serait la suivante : « Quand nous éprouvons dans la réalité de la pitié et de la crainte, ces passions ne sont pas pures : il s’y mêle d’autres sentiments qui les altèrent. Au contraire, la pitié et la crainte excitées par le spectacle de la tragédie sont sans alliage. La tragédie les purifie en les dégageant de tout élément étranger. » L’explication de Gœthe ne*se ramène nullement à cette formule : elle part de cette réflexion qu'Aristote, dont la méthode est si rigoureuse (on se rappelle l'enthousiasme de Gœthe), et qui s'attache toujours à l’objet, ne peut avoir défini la tragédie par ses effets lointains, c'est-à-dire par l'influence morale qu’elle exercerait sur les âmes. Ceci vise Lessing et son école. Gæœthe, sur qui, nous l’avons vu, la Critique du
1. Ces diverses interprétations sont résumées par Reinkens : Arisloteles über Kunst (1870, p. 78 et suiv.), et par Doering : Die Kunstlehre des Aristot. (p. 263 et suiv.).— Voir aussi l'excellent chapitre de Kont, dans Lessing el l'Antiquité, T, p. 449 et suiwv.
2. La Poétique d'Aristote (1899), p. xxxu. — C'est une solution morale qui est proposée dans cet ouvrage (la tragédie ramène les passions à la juste mesure, qui est la règle du bien).
3. Baumgart, il est vrai (Aristoteles Lessing u. Gæthe, p. T8-9), montre (non sans subtilité) ce que l'interprétation de Lessing aurait de conforme aux principes d’Aristote. Lessing, d’après lui, quand il parle de passions « transformées en dispositions vertueuses », a dans l'esprit le mot ££: qu'il entend, comme Aristote, non comme une manière de sentir, mais comme une certaine « condition
Jugement avait exercé une profonde influence, se plait à trouver chez Aristote les mêmes caractères du « jugement esthétique » que chez Kant : « C’est (écrit-il à Zelter), un service immense que notre vieux Kant a rendu au monde, et je puis aussi dire à moi-même, en rapprochant l'art et la nature, et en reconnaissant à tous deux le droit d'agir en vertu de grands principes, et sans but. Spinoza m'avait affermi déjà dans la haine des absurdes causes finales : la nature et l’art sont trop grands pour courir après des fins, et cela ne leur est point nécessaire, car il y a partout des rapports, et les rapports, c'est la vie’. » Aïnsi c'est à la perfection de l'œuvre d'art en elle-même et non pas à « son action au dehors » (Wäirkung nach aussen) que pense Aristote dans sa définition”. De cette action au dehors le véritable artiste n’a pas plus souci que la nature, « quand elle produit un lion ou un colibri ». Et Gœæthe, non sans humour, cite pour exemple son roman des Affinités : « Je crois, dit-il, m'être efforcé d'y effectuer, de la façon la plus pure et la plus parfaite possible, l’intime et vraie Katharsis, mais je ne m'imagine pas cependant qu'un bel homme puisse être par là purifié et perdre toute tentation de convoiter la femme du prochain. Le sixième commandement qui déjà, dans le désert, semblait si nécessaire à Elohim-Jehova qu'il le gravait de ses propres mains sur des tables de granit, devra toujours être maintenu sur le papier brouillard de nos catéchismes ?. »
Ainsi persuadé qu'il ne s’agit pas, dans la définition d'Aristote, d’une acquisition morale, mais d’un caractère de l’œuvre en soi, Gœthe traduit : « La tragédie est l’imi-
sensible » (Empfindungsbeschaffenheit) qui est la vraie base et le vrai principe de l'action vertueuse; or si, le plus souvent, E£i s'applique à des « conditions». durables, on peut voir que dans l’Ethique il en désigne aussi de momentanées. Lessing aurait donc été sur le chemin de la vérité, et la question serait de savoir s’il a pensé à un effet de la tragédie « momentané etinhérent au concept du genre », ou bien à une influence durable et se manifestant en acte. Baum- “gart pense que cette seconde: hypothèse est la vraie, et que l'erreur de Lessing est là, rien que là.
1.29 janvier 1830 (V. 380). Cf. Baumgart, Handbuch der Poetik, p. 428 et suiv. 2. À Zelter, 29 mars 1827 (IV, 288).