Baumgart, Handbuch der Poetik, p
passage des Wanderjahre. — Il reste à dire par quel moyen se produira cette purification. Il faudra que la situation du héros, tout en étant singulière (en est-il qui le soit plus que celle d'un (Œdipe?) ne soit pas cependant tout accidentelle, et sans vérité générale; la destinée ne devra pas nous apparaître comme un hasard aveugle, mais comme une puissance fondée, pour ainsi dire, en droit divin, nécessaire et, par là-même, inévitable: De cette manière la crainte perd tout caractère égoïste, inquiet, excessif : la douleur et le trouble (Ürn xat rapxy) qui, dans la vie ordinaire, se mêlent à cette émotion et la dégradent, disparaissent ici. La crainte purifiée est une des formes les plus parfaites du plaisir esthétique.
Cette théorie est vraie en elle-même, et Baumgart l’a très nettement exposée : on s'étonne seulement que le nom de Hegel ne soit pas prononcé, car si ces idées peuvent être trouvées en germe dans les deux passages des Wanderjahre, elles sont surtout développées dans les belles pages de l'Esthétique auxquelles nous avons déjà fait allusion. Ce qui ressort pour nous de ce qui précède, — en laissant de côté les controverses sur le vrai sens de la définition d’Aristote, — c'est que de deux manières et en deux sens différents, Gœæthe a inspiré les partisans de la solution esthétique. Mais, pour la netteté des idées, 1l importe de constater que, dans l'esprit de Gœthe, l'explication donnée dans la Vachlese et la théorie que l'on a extraite des Wanderjahre n’ont jamais pu se confondre : la théorie des émotions « ennoblies » (ou purifiées) vise ces émotions en elles-mêmes, quels que soient leur intensité et leur ordre de succession; l'explication de la Katharsis ne se rapporte (comme on l’a vu) qu’à leur agencement harmonieux et à leur résolution finale?.
1. On pourrait invoquer ici un passage de la Nachlese où Gœthe parle des ewig unerforschliche, ewig folgerechte Gewalten. ,
2. L'interprétation donnée par F. Knoke, dans sa minutieuse et originale étude du texte d'Aristote (Begriff der Tragüdie nach Aristoteles, Berlin, 1906) se rapproche singulièrement de celle de Gæthe : la tragédie doit, après avoir fait naïtre la crainte el la pitié, purifier, c'est-à-dire délivrer de ces passions, l'âme du spectateur; la crainte et la pitié avaient mis l’âme en état de dissonance, le dénouement ramène l’accord parfait.