‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 247 sur 270 · sept · texte numérisé non relu

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2. À Zelter, 4 janv. 1831 : Helena tritt zu Anfang des dritten Acts nicht als Zwischenspielerin, sondern als Heroine ohne Weiters auf. Voir, à ce sujet, la polémique de Düntzer, 20-21 Bändchen, p. 187 et suiv.

3. Alors que le troisième acte du second Faust était achevé depuis un an, la Nuit classique de Walpurgis n’était encore qu’à l’état d’esquisse. Gœthe allait la donner telle quelle à l'impression, mais Eckermann sut l'en détourner, et nous voyons que, dans l'entretien du 15 janvier 1827, Gœthe se montre disposé à exécuter son plan. — On sait que les deux premières scènes du deuxième acte sont de 1828 et de 1829; le Walpurgis classique est de 1830 (premier semestre}; le 14 sept. 1830 Gæthe, dans une lettre écrite de Genève à Eckermann, se félicite de l'achèvement des trois premiers actes.

donneront aux modernes sa possession durable : l'humanisme, représenté par Homunculus, nous fera suivre pas à pas le développement des idées antiques, depuis les conceptions difformes jusqu'à la beauté idéale que porte le trône étincelant de Galatée. Devant les monstres de la fable, sphinx, sirènes et griffons, Faust peut encore contempler « dans l'horrible des traits grands et majestueux », mais c'est quand il aura vu « fleurir » le jeune corps des nymphes, qu'il ne lui sera plus téméraire d’aspirer à conquérir Hélène : Chiron plaindra son égarement, mais la prophétesse Manto, à qui plait « celui qui désire l'impossible », le conduira devant Perséphonéia.

Ici se plaçait une scène qui, dans la pensée de Gæthe, devait être d’un effet très pathétique, mais qu'il a laissée à l'état de projet. Elle eût été l'aboutissement du Walpurgis classique, et le prélude de la tragédie d'Hélène. Une note des archives, portant la date du 17 décembre 1826 et publiée pour la première fois dans la Sophienausgabe', nous donne un schéma de ce prélude. Chiron, Faust et la prophétesse Manto pénètrent dans la résidence de Perséphonéia, parmi tout un peuple de fantômes; Faust, comme un second Orphée, demande à ramener Hélène sur la terre, et Manto parle longuement pour lui. Elle rappelle qu'Alceste, Eurydice, Laodamie furent rendues au séjour d'en haut : Hélène elle-même a pu revenir à la vie pour s'unir à Achille. L'accent de ce discours touche jusqu'aux larmes la reine des morts : elle consent, et envoie les suppliants à trois juges dont la mémoire garde ce qui semble périr dans les flots du Léthé, qui roulent à leurs pieds. Ils se souviennent qu'Hélène fut rendue à la vie, sous la condition qu'elle habiterait Leuké : elle reviendra, cette fois, à Sparte, dans le palais de Ménélas. Ce projet, conçu après l'achèvement d'Hélène, mais avant l'exécution du Walpurgis classique, fit bientôt place à un autre. En effet, un mois s'était à peine écoulé que Gæthe (le 15 janvier 1827) parlait à Eckermann d’un discours

1. Bd. XV. Paralipomena, n° 123. Voir aussi K. Fischer. Gœthes Faust, t. IX, p. 167 et suiv.

que devait prononcer non plus Manto, mais Faust lui-même, devant Perséphonéia.

Gœthe n'a écrit ni l’un ni l’autre de ces discours. La raison en est sans doute que le IT° et le IIT° actes furent composés à un assez long intervalle, et l'on peut penser aussi que l'enthousiasme de Gœthe pour la scène projetée dut beaucoup perdre de son ardeur. Quant à déterminer par conjecture les amorces du III acte que pouvait contenir cette scène aux enfers, c'est une entreprise bien aventureuse.. Scherer! suppose que Perséphonéia veut bien rendre Hélène à la lumière, mais sans lui donner la claire conscience d'elle-même, sans lui laisser savoir si elle est une ombre ou un être vivant. Et, en effet, certaines parties du IIL° acte* seraient ainsi mieux préparées et plus nettes. Mais il est prudent, je crois, de ne pas pousser plus loin les conjectures. De toute manière, nous ne chicanerons pas le poète, ainsi qu'on le fait quelquefois, sur la façon dont il réunit Hélène et Faust. C'est Hélène qui vient à Faust, nous dit-on, tandis que Faust devrait aller la conquérir. L’objection pourrait être juste si le III acte était resté à l'état d'infermède; mais Gœthe en ayant fait, très heureusement, non pas seulement une pièce bien enchâssée, mais une partie organique de l’ensemble, il faut considérer que la vraie conquête d'Hélène, c’est la marche à travers la nuit de Walpurgis. Le lecteur entend sans peine, — même en l'absence de la scène dont nous parlions, — qu'Hélène est rendue pour un temps à la vie par faveur des dieux d'en bas, et en récompense du long effort de Faust. Si celui-ci venait s'emparer d'elle, l’action ne serait nullement mieux motivée, et nous aurions une scène d'opéra, beaucoup moins pleine et tragique que celle dont nous parlerons bientôt.

L'union de Faust et d'Hélène est un motif que nous trouvons dans tous les « livres de Faust ». Le plus ancien de

1. Aufsütze über Gœthe, p.329 et suiv. Cf. Schrôer, Faust, IT, p. LxxWr. 2. Notamment les vers 4222 et suiv. et 4269.

ces livres nous conte qu'un jour, à Wittenberg, le puissant docteur allié du diable préside un banquet d'étudiants : comme ses hôtes parlent beaucoup de beauté féminine et disent le désir qu’ils auraient de pouvoir contempler Hélène, Faust la fait apparaître, et les étudiants sont frappés au point de n'en pouvoir dormir la nuit suivante. Mais Faust luimême sera hanté par l’image d'Hélène : il s'unit à elle dans la dernière année de sa vie, et un fils lui naît, Julius Faustus, prodigieux enfant qui lui révèle l'avenir et qui disparaît avec sa mère à la mort de Faust. Même légende dans l'ouvrage de Widman (1599) et dans celui de Pfitzer (1728), où nous voyons le diable distraire Faust d’une mésaventure amoureuse en l'unissant « à la belle Hélène de Grèce! ». Il est vrai qu'en de vieilles outres Gœthe va verser un vin nouveau : ces données légendaires vont recevoir une signification directement opposée à celle qu'elles avaient jusqu'alors; l'union avec Hélène n’est plus une œuvre de perdition, mais le plus efficace et le plus grand des actes qui mènent Faust à la rédemption et au salut”. La plus ancienne esquisse que nous possédions de l'Zntermède d'Hélène (notes de 1824) nous fait bien juger à quel point la conception gagne en profondeur et se transfigure. C'est d'abord une féerie symbolique assez médiocre : un vieux château, dont le maître guerroie en Palestine et dont l'intendant est un enchanteur, doit être la résidence du nouveau Pàris. Hélène paraît, grâce à la vertu d’un anneau magique qui lui rend la vie corporelle (Baumgart* dit justement à ce sujet que cet anneau banal aura pour substitut, dans la conception définitive, toute la nuit de Walpurgis!) : un enfant naît bientôt à Faust et à Hélène, mais il va mourir prématurément : certain jour de fête il passe un ruisseau qu'il lui était interdit de franchir, une dispute s'engage et il est frappé mortellement par une épée consacrée. Hélène, inconsolable, frotte l'anneau magique et disparaît en laissant sa tunique aux bras de Faust.

1. Voir K. Fischer, o. L., p. 73 suiv., 137 suiv. 2. Cf. Lœper, Il, xxxix.

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