‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 251 sur 270 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

5. Voir à ce sujet K. Fischer, 0. L., p. 233 et suiv.; ef. A. Brand], Ueber Gœthes Verhültniss zu Byron. Gœthe-Jahrbuch, XX (1899).

6. L'expression est d’Eckermann, 0. L.: Sie haben ganz Recht gethan ihm in der Helena das unsterbliche Denkmal der Liebe zu setzen.

poète. Il ne fit pas seulement des allusions très directes à la lutte pour l'indépendance grecque : il mit dans la bouche du chœur un chant funèbre qui ne convient — il ne le sait que trop — ni au rôle ni au caractère des femmes qui le prononcent. Toutefois, quand il nous représente la fougue impétueuse d'Euphorion, ce n'est pas seulement à Byron qu'ils pense, mais à ces Romantiques dont il montre les élans désordonnés, et qu'il invite à résipiscence dans la pièce intitulée : Parnasse allemand. Lorsque Euphorion vient s'écraser aux pieds de Faust et d'Hélène, il meurt de son audace présomptueuse’, et ce nouvel [care qui a gravi « des marches vertigineuses pour s'élancer dans l’espace fécond en douleurs® », doit nous rappeler, avec une note attendrie et mélancolique, cette race téméraire (verwegenes Geschlecht) qui monte sur le Parnasse allemand avec des gestes de Bacchants furieux, en saccageant les buissons et en écrasant les fleurs *.

En associant à la destinée de Byron celle de l'enfant de Faust et d'Hélène, Gœthe n’a guère été fidèle à la logique de ses symboles. Si l'union du lyrisme moderne avec la calme et simple harmonie antique doit produire la vraie poésie, la fougue déréglée d'Euphorion ne peut s'expliquer, non plus que sa fin tragique. Car cette poésie ne doit pas périr. Aussi Düntzer admet-l, non sans vraisemblance, que, dans le premier dessein, Euphorion prenait son vol pour aller se révéler au monde. Dans la forme présente du poème, nous voyons mal ce qu'il tient d'Hélène. Il manque trop à ce génie la mesure et l'équilibre qui marquent précisément,\dans la suite du drame, l'influence d'Hélène sur la pensée de Faust.

C'est à la fin de l’acte que la fantaisie (du poète nous entraîne le plus loin de tout drame et de toute réalité : Hélène s'achève en féerie philosophique. Gæthe s’est donné le plaisir de développer ici sa théorie de l’immortalité. Il part de l'idée

3. Ach, die Büsche sind geknickt | Ach die Blumen sind erstickt | Von den Sohlen dieser Brut. — Deutscher Parnass.

aristotélique d'entéléchie (c'est pour lui un autre nom de la monade ‘), et il entend sous ce terme l'énergie agissante qui constitue l'individualité spirituelle de l'homme. Cette énergie est indestructible, mais nous ne sommes pas tous pareillement immortels, « et pour se manifester dans l'avenir comme grande entéléchie, il faut d'abord en être une * ». Cette théorie, Gœthe l'avait exprimée avec un bel élan lyrique, sous l’impression de la douleur profonde que lui causa la mort de Wieland. Les monades sont impérissables, mais inégales en force : il y a des monades esclaves et des monades reines, et celles-ci, par leur puissance attractive ou impérative, s'imposent pour l'éternité. Elles gardent la conscience du passé, ou plutôt elles sont la conscience de l'univers et les grands événements de son histoire s'inscrivent en elles, dépouillés de la gangue des faits non significatifs : c'est ainsi que, pour les grands génies, la science est souvent réminiscence. Gœthe conçoit alors une ascension constante des monades supérieures « pour qui l’on ne peut admettre d’autre destination que de prendre une part éternelle aux joies des dieux, en s'associant à la félicité dont ils jouissent comme forces créatrices * ». L'âme d'un Wieland sera la monade d’un astre bienfaisant, tandis que les âmes vulgaires qui ne se seront pas fait, par la pensée ou par l'action, une personnalité durable, iront s'associer à d’autres monades d'ordre inférieur.

C'est cette conception que Gœthe nous décrit, comme étant sur le point de se réaliser, dans la partie lyrique qui suit la disparition d'Hélène : celle-ci retourne dans l'Hadès, où elle doit demeurer fixée dans sa forme éternelle, mais il n’en est pas de même des Troyennes captives qui composent le chœur : sur cette foule anonyme la nature éternellement vivante revendique un droit légitime‘; elles se dissolvent et vont se mêler à la vie des arbres, de la montagne, des: sources, de la vigne : seule, Panthalis, la coryphée, par son

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