V. 4103 et suiv
mètres libres', c’est-à-dire des vers d’espèces différentes, en séries irrégulières et sans correspondance antistrophique. Nous en avons un curieux exemple dans le chœur qui précède l'entrée de Faust (v. 4540-4569) : à un système anapestique de treize vers succède une série libre où le chœur, plein d’une joie sensuelle à la vue des beaux jeunes gens, décrit leur cortège et le trône que l’on bâtit pour y faire monter Hélène : anapestes, dactyles, trochées et choriambes se suivent ou s'associent de manière à donner l'impression la plus vive d’un élan spontané, mais avec un sentiment très juste et classique de l'affinité de ces mètres. Le même sentiment se marque encore dans les légères divergences des strophes et des antistrophes ; Gœthe — comme les Tragiques grecs — n’'observe pas une stricte responsion : dans des vers composés de dactyles, trochées ou choriambes, il emploie volontiers le trochée comme substitut du dactyle?; ou bien, tout en gardant les mêmes éléments, il en change quelquefois la place *. Ce sont là d’ailleurs des licences qui semblent bien discrètes, si l’on songe à ce qu’il y a d’artificiel dans cette symétrie antistrophique des chœurs d'Hélène. Les Grecs ont pu mettre dans les parties lyriques de leur tragédie la symétrie la plus complexe et la plus ingénieuse : l’alternance des acteurs et des choreutes, les différents modes d'exécution, le retour des périodes musicales, rendaient sensibles et vivantes les correspondances des parties et des mètres ; dans les strophes lyriques d'Hélène ces responsions de syllabes, que l'oreille cesse de saisir dès que les systèmes sont un peu variés, ne sont plus que lettre morte : c’est un pieux hommage à la tragédie grecque, une curiosité pour le lecteur qui veut compter et peser les syllabes; mais ce qu'il faut le plus admirer, c'est que l'élan lyrique se développe souvent d'une façon si large, sans être arrêté par ces entraves inutiles.