‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 27 sur 270 · Faust, I, v · texte numérisé non relu

Faust, I, v

le droit positif et le droit naturel! ». L'erreur vient d'une mauvaise interprétation d'un vers de cette tirade que l’on isole de l’ensemble : Vom Rechte, dus mit uns geboren ist.…, dit Gœthe : on en rapproche les « droits naturels » (die angeborenen Menschenrechte) dont l'école de Wolf avait fait la théorie, ou le Recht der Natur, opposé par Bürger au Schulrecht*. L'analogie est toute formelle. Gœthe parle du droit qui nait, non pas avec l'humanité, mais avec chaque génération d'hommes. La justice demande « la connaissance exacte de l'état intérieur et extérieur d’une ville? », elle est « en rapport nécessaire » avec les conditions (très variables) de la vie c'est ce que Méphistophélès fait entendre à l’écolier, et ce qui ne peut entrer dans l'esprit d'Oléarius, tout offusqué de pédantisme. Gœthe lui prête des raisons absurdes à l'appui de sa thèse, et tourne en véritable charge ce personnage de juriste. L'abbé de Fulda peut passer aussi pour une assez franche caricature : Gœthe le fait simple et naïf à plaisir : sa candide bonhomie ne donne que plus de relief à l'esprit mordant et à l'ironie de Liebetraut. Il écoute avec un vif intérêt les discours d'Oléarius, sans toujours très bien les comprendre, surtout quand le doctor juris s'exprime en latin; c’est ainsi qu'il s'imagine que les dix commandements se trouvent— bien que sans commentaire — dans le recueil des lois de Justinien. Pourvu de fort peu d'idées, il peut approuver tour à tour deux systèmes opposés : le droit coutumier lui paraît bon, mais un code immuable et universel lui semble ensuite préférable. Son ridicule physique n'est même pas épargné : Liebetraut dit que seul un « colosse éléphantesque‘ » pourrait mettre

1. Vischer, cité par Lœper : Faust, I, p. 85 (note). Un commentaire assez abondant de cetté scène se trouve aussi dans l'introduction du même ouvrage (LVI-LVIIT).

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