‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 28 sur 270 · Lœper, o. L.;-LVII · texte numérisé non relu

Lœper, o. L.;-LVII

3. Gœtz (Esquisse), D. J. G., p. 71. Ce passage est remanié dans le Gœtz de 1773. Gœthe fait combattre par Oléarius une idée qu’il croit juste. L'ironie de cette scène a une certaine analogie avec celle de M. Anatole France sur les mêmes sujets. j

4. Ein celephantischer Ries. La deuxième rédaction porte plus simplement : Ein Kerl.

dans un sac le tonneau de Fulda', faisant évidemment allusion à la vaste corpulence de l'abbé; il le met en garde contre l’apoplexie et se promet de lui faire prendre de l'exercice, c’est-à-dire de l’essouffler en le promenant à grand pas comme Henri IV fit un jour Mayenne.

Le simple mélange du tragique et du comique ne suffirait pas à mettre Gætz en opposition avec le drame antique : il Le distinguerait seulement du système français du xvi° siècle. En rompant avec la « quatrième unité », Gœæthe pouvait encore se réclamer de ces Tragiques grecs qu'il confondait avec Shakespeare dans une égale admiration. Le mélange des genres ne les avait, en effet, jamais effrayés. Mais c'est surtout à la tragédie française, plus proche et plus familière, que pensaient ceux que scandalisait le nouveau drame ou ceux qui ne pouvaient l’admirer sans émoi. Le critique du Mercure allemand?, Christian Schmid, était de ces derniers; le Gœtz était fait, d’après lui, «pour étonner les Linnés de la critique » : il se demandait avec une sorte d’anxiété si la pièce était une comédie ou une tragédie, et il concluait qu'elle était, « le monstre le plus beau etle plus intéressant » mais qu'elle était un monstre. Dans son petit écrit « Sur la Littérature allemande » (postérieur, il est vrai, de 8 ans), Frédéric IT traitait les pièces de Shakespeare de « farces ridicules, dignes des sauvages du Canada », et les raisons qu'il en donnait étaient, outre la violation des trois unités, « ce mélange bizarre de bassesse et de grandeur, de bouffonnerie et de tragique ». Ces défauts lui semblaient excusables à la naissance des arts, mais il voyait avec dégoût paraître sur la scène un Gætz de Berlichingen, « imitation détestable de ces mauvaises pièces anglaises ». On peut voir par là que c'est surtout le mélange des genres qui choquait Frédéric IT, tout imbu, sur ce point, des idées de Voltaire?. Mais la rupture avec l'esprit classique

1. Voir, sur cette plaisanterie, le commentaire d’E. Lichtenberger, p. 62.

Page 1