AVANT-PROPOS. IX
d'œuvres nous donnent ce plaisir intellectuel au même degré que les essais antiquisants de Gæthe. Leur valeur propre de poèmes est évidemment dans l'émotion sentimentale qu'ils produisent — et le moindre d’entre eux nous donne cette émotion avec une intensité que le zèle même des commentateurs n'émousse pas —; mais il y a sous ces essais de si fortes assises de réflexion, de connaissances précises, d'étude patiènte et de claire volonté, qu'il nous est impossible de nous en tenir à un pur dilettantisme. Les découvertes et les théories des archéologues, les résultats de la critique philologique sont suivis par Gœthe avec une attention passionnée, et leur influence s’amalgame de la façon la plus naturelle avec son expérience sentimentale. Aussi l'étude de ses ouvrages antiquisants n'admet-elle qu'une méthode strictement historique : ce serait leur ôter toute signification et toute vie de ne les envisager qu’en eux-mêmes, et comme des productions isolées : le progrès dans leur critique ne vient pas de lueurs ni d'inspirations subites chez les commentateurs : il vient — comme maint exemple en:fait foi — de l'application toujours plus attentive de la méthode historique, de la confrontation toujours plus exacte et précise de l'œuvre avec la vie morale du poète.
Ce n’est généralement pas sans hésitation qu’on ajoute un livre à la vaste bibliothèque gœthienne. Ce qui nous a persuadés, c’est d'abord l'intérêt très large et humain de notre sujet; en outre, si de nombreuses études en contiennent une abondante matière éparse, il n'a pas été, nous l'avons dit, traité dans un ouvrage d'ensemble; enfin, si nous n'avions pas de découverte à espérer, le fait même d'étudier un certain nombres d'œuvres de Gœthe à un point de vue identique, sinon avec une idée préconçue, a pu nous amener à en distinguer plus nettement certains traits communs ou particuliers; c’est en cela que les divers chapitres de cette étude auront peut-être leur utilité.