‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 32 sur 270 · Le mot est de Mme de Staël · texte numérisé non relu

Le mot est de Mme de Staël

forcé de se faire justice lui-même, a recours à la diffidation. C'est ainsi que Gœtz et Selbitz pillent des marchands de Nuremberg que nous voyons ensuite, au troisième acte, porter leurs plaintes à l'empereur. Ce coup de main avait besoin d’être justifié, afin qu'on ne le prit point pour un acte de brigandage. La scène finale du deuxième acte est donc une très heureuse addition; outre qu’en nous montrant le héros dans ses rapports familiers avec les paysans elle prépare les derniers événements du drame, elle aide à l’intelligence de l'époque et justifie mieux le rôle de Gœtz que ne le faisait, dans la première rédaction, la discussion entre Élisabeth et Marie au sujet des marchands de Cologne.

L'art classique, dans son souci de parfaite cohésion, repousse les scènes de ce genre, qui ne sont que des échappées sur les événements extérieurs, et dont les personnages ne sont pas directement intéressés à l'action. Pour des raisons analogues, ou par une conception assez étroite de la dignité du drame, il n’admet pas non plus les scènes populaires. Dans son Discours sur la Tragédie, Noltaire, faisant l'examen du Jules César de Shakespeare, dit que « peut-être les Français ne souffriraient pas que l'on fit paraître sur leurs théâtres un chœur composé d'artisans et de plébéiens romains ». Le peuple est représenté dans la tragédie grecque par le personnage collectif et idéal du chœur, lequel figure le milieu social où se meuvent les acteurs. Le poète ancien, comme le dramatiste moderne, sait donner une image complète de la vie : les héros, qui sont le petit nombre, planeraient, en quelque sorte, dans les nuages s'ils étaient isolés; le chœur leur donne pied dans la réalité. Mais ce chœur, suivant la définition d'Aristote, est un spectateur intéressé à l’action sans y être activement mêlé ‘; sa présence presque permanente sur la scène a d’importantes conséquences pour les caractères et les conditions du drame : lui-même n’en est que « l'encadrement magnifique, l'écho harmonieux et puissant? ». Loin d'être un levier

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