Liltérat. anglaise, II
garde l'unité d'intérêt. Cette unité n’est pas détruite par le seul fait que Weislingen, séduit par Adelheïd, trahit Gœtz et Marie; Gœthe fait de cette trahison le nœud de son drame, et rien n’est plus légitime puisqu'elle exerce sur les événements une action décisive; ce n’est pas une crise sentimentale qui vient donner au drame un nouvel objet; un homme d'un caractère faible, presque féminin, que le manque de volonté fera descendre jusqu'à la trahison, se sépare du chevalier loyal qui lui a toujours témoigné l'amitié la plus confiante; il se joint à ses ennemis, poussé par une femme ambitieuse, intéressée et perverse; conscient de sa lâcheté il cherche à ressaisir sa volonté aliénée, mais il est entrainé par les événements et par cette énergie supérieure à la sienne, jusqu'aux actions les plus odieuses. C’est un beau contraste que cette déchéance d’un être faible et sans caractère en face de l'indomptable énergie de Gœtz. La marche progressive en est vraiment tragique. Adelheid commence par persuader à Weislingen que sa foi de chevalier ne saurait être engagée envers un rebelle et un brigand; elle le plaint d’être destiné à devenir l’esclave de Gœtz, dont la volonté dominera la sienne ‘. Ensuite elle affectera la lassitude et le dédain : elle dira sa désillusion de trouver en Weislingen, au lieu d’un homme actif, d’un grand politique épris de gloire, « un être gémissant ainsi qu'un poète malade, mélancolique comme une jeune fille en bonne santé, et plus oisif qu'un vieux garçon * ». Elle en veut, dit-elle, à la nature, qui fait un aussi mauvais usage de ses forces; mais elle retient Weislingen qui veut partir et se fait plus pressante à mesure qu'elle voit fléchir sa résistance : elle lui montre qu'il peut se délivrer, s’il le veut; elle exaspère en lui l'ambition et la jalousie, et son œuvre « démoniaque » a plein succès. « Le charme est rompu, » dit Weislingen, et il promet de faire voir s’il n’est que « l'ombre d’un homme ». La scène avec l'empereur ? nous le montre tenant sa promesse : ceux qu'il dénonce comme