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perpétuant les guerres civiles sont Sickingen, Selbitz et Berlichingen : ce sont là les « brandons enflammés » qu'il suffira d'éteindre pour que le reste ne soit plus que cendre morte. Selbitz peut dire à Gœtz — avec cette emphase que corrigera déjà la deuxième rédaction — que Weislingen « vient de briser un double lien, un lien sur lequel aurait dû s'émousser la faux tranchante de la mort même‘ ». Il hésitera pourtant à se rencontrer avec Gœtz face à face, et des deux armées d'exécution qu'il peut diriger à son choix il aimera mieux commander celle qui doit remettre Adelheiïd en possession de ses biens. Pourtant il signera la sentence de mort de l’homme que sa conscience voit toujours présent, comme un vivant reproche : les remords de ses derniers moments et les supplications de Marie lui épargneront seuls un pareil crime.
On dit quelquefois que l’action du drame est la lutte de Gætz contre la ligue de Souabe, alliée à la cour de Bamberg, et qu'une action accessoire se développe parallèlement à celle-ci : Weislingen délaissant Marie qu'il trahit pour Adelheiïd. Les analyses qui précèdent nous montrent que ce reproche est injuste, au moins dans sa forme. En réalité, les deux actions n'en font qu'une. La lutte de deux partis en présence n'offre, en elle-même, aucun intérêt dramatique : Gæœthe a voulu que son héros ne fût pas seulement menacé dans ses intérêts et dans sa liberté, mais qu'il eût à souffrir aussi dans ses sentiments intimes, que son ennemi fût, pour ainsi dire, une partie arrachée (le lui-même : il a voulu en outre qu'il y eût entre Gœtz et ses adversaires non pas seulement lutte matérielle, mais contraste moral.
Le personnage et le rôle de Weislingen qui, sous certains rapports, peuvent passer pour une confession du poète, sont donc très heureusement conçus, même à les envisager, en quelque sorte, au point de vue classique. La preuve en est que Gœthe n'aura besoin, dans la deuxième rédaction, que de très légères retouches pour la complète justification du
personnage. Weislingen et l'Évèque seront unis par des liens plus étroits que ceux d’une simple amitié politique : les paroles de l'Évèque auront un accent plus paternel et plus profond, et il semblera qu'une charge plus définie attache Weislingen à sa personne. Encore a-t-on pu remarquer que le chevalier se trouvant, dans la nouvelle rédaction, uni plus étroitement à Marie, il était besoin d’une force plus puissante pour le détacher d'elle *. La scène de séduction qui se trouve à la fin de l’acte n a été réduite et modifiée dans le même sens : Adelheid montre à Weislingen que leurs intérêts sont communs et qu'ils se confondent avec ceux de l'Évèque.
Ce n’est done pas la cohésion ni l’unité de dessein qui font défaut au drame de Gœthe : ce qui lui manque plutôt, c'est l'équilibre. Les personnages pour qui nous nous passionnons le plus au théâtre sont les héros de volonté; il est dangereux d’en introduire plusieurs dans le même drame en leur distribuant une égale lumière; l'émotion et l'intérêt deviennent flottants, les impressions au lieu de se coordonner, se présentent d'une façon successive, ou plutôt on croit voir un diptyque représentant la même scène avec les mêmes personnages, à cette différence près que ceux-ci ne sont pas mis aux mêmes plans. Dans le Gæœtz, cette dispersion de l'intérêt vient du caprice du poète lui-même. « Je m'étais, dit-il dans les Mémoires, abandonné sans plan et sans ébauche à mon imagination et à une impulsion intérieure, et d’abord j'avais serré mon sujet d'assez près; les premiers actes pouvaien passer, et n'étaient pas mal pour ce qu'ils devaient être. Mais dans les suivants, je fus, sans en avoir conscience, entraîné par une étrange passion. Je m'attachai à peindre Adelheiïd sous d’aimables couleurs; je l’aimai, et, involontairement, je ne consacrai ma plume qu'à elle seule. On sait d’ailleurs que, vers la fin du drame, Gœtz est réduit à l’inaction et ne revient plus que pour prendre une part malheureuse à la guerre des paysans. Quoi de plus naturel qu’il fût supplanté par une femme ravissante dans l'âme d’un auteur qui secouait