Minor et Sauer, o. L., p
le joug des règles et pensait à s’essayer dans un domaine nouveau ‘? » Ici, par conséquent, Gœthe qui, — nous l'avons vu, — rejetait l'unité d'action, est infidèle à la seule unité reconnue par Lenz et son groupe : celle du personnage. C'était là le danger de cette nouvelle conception dramatique. En se donnant pour sujet la vie entière d’un personnage, elle s’imposait de grouper et de faire agir autour de lui ceux dont l'influence ou l’action s'était fait sentir le plus profondément sur sa vie. Ces personnages, à leur tour, agissent en vertu de dispositions d'esprit ou d'âme qu'il est utile de faire connaître, car nous ne nous intéressons, au théâtre, qu’à ce qui nous est logiquement ou psychologiquement expliqué. Le drame moderne s’attachant surtout à l’individuel, l’auteur, que sollicitent des objets plus nombreux et plus complexes, éprouve plus de difficulté que dans le système classique à établir la perspective de son drame et à subordonner ses personnages. Gœthe avait trop de fougue et trop peu d’expérience du théâtre pour ne pas se heurter à cet écueil. De là l’étonnante disproportion que nous constatons au cinquième acte de l’esquisse : Adelheïd paraît dans six scènes, et Gœtz dans trois seulement; le héros du drame semble d’autant plus passer au second plan qu'il meurt abattu, désespéré, sentant que les ressorts de sa volonté sont brisés et se reprochant de se survivre à lui-même. Sa chute ne vient pas d’un acte libre, mais d’une sorte de compromis où il se trouve engagé malgré lui, et l'on a pu dire avec raison que la révolte des paysans vient brouiller le tableau qui nous représentait d’abord la lutte du libre chevalier contre les Princes*. On a pu montrer aussi comment Gœthe, pensant comme il le dit « secouer le joug des règles », oublie les conditions essentelles et pour ainsi dire élémentaires, de l’œuvre dramatique, laissant maint détail inexpliqué et se souciant si peu de morceler son drame en multipliant les scènes qu'au troi-
1. W. u. D., L.l. Traduit par M. Chuquet dans l'introduction de son édition classique, p. LXXHI-IV.