‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 39 sur 270 · Voir Chuquet, O. L., XLII et XXXIV · texte numérisé non relu

Voir Chuquet, O. L., XLII et XXXIV

2. Voir à ce sujet, dans l’Introduction de M. E. Lichtenberger, l'étude sur L’Esquisse de 1771 (p. Lxxn et suiv.). L'éditeur y met en relief les changements importants du cinquième acte qui replacent Gœtz au premier plan. « Point de scène entre Adelheid et les bohémiens, entre Adelheid et le meurtrier. Franz n’est pas empoisonné par sa maîtresse; il se fait justice lui-même en se jetant dans le Mein. A l'amour d’Adelheid pour Sickingen, Gæœthe substitue une inclination pour le futur empereur Charles-Quint; mais ce motif n’est pas développé... » Adelheid n’accapare donc plus l’intérêt; d'autre part « la scène de la comtesse de Helfenstein est supprimée, et remplacée par un dialogue rapide de Link et de Metzler. Gœtz accepte sous nos yeux le commandement

s’accomplir pas à pas, en un long espace de temps, se produit ici avec une merveilleuse promptitude, coup sur coup ‘». Une influence dont il faut aussi tenir compte est celle d'Emilia (Galotti, qui parut en 17172, et que Gœthe lut à Wetzlar. Dans une lettre à Herder, citée plus haut, Gœthe, après avoir dit de son Berlichingen que « tout y est fait de tête », ajoute, au sujet de la pièce de Lessing : « Emilia Galotti est faite aussi de tête, et sa trame serrée ne fait aucune place au hasard ni au caprice. Avec un peu de sens commun on peut trouver le pourquoi de chaque scène, et, pour ainsi dire, de chaque mot. Aussi ce drame ne me va pas, quelque chef-d'œuvre qu'il soit d’ailleurs, et ma pièce ne me va pas davantage ». On ne peut imaginer en effet de plus frappant contraste que celui de Gætz et d'Emilia Galotti. L'action de cette pièce est simple et rapide : elle court au dénouement avec la plus stricte précision, aucun détail superflu ne l'attarde; c'est un problème de mécanique très élégamment résolu — entendons avec cette élégance mathématique qui est surtout concision et simplicité. Elle représente une crise, et par là, comme par sa marche régulière, elle rappelle notre tragédie classique. Elle a même ce caractère d'a priori, cette allure compassée que son auteur reproche volontiers à notre théâtre. Mais quel que soit le contraste des deux drames, Gœthe a fort bien reconnu leur commun défaut : ils sont tous deux plus « pensés » qu'observés sur la nature; la main de l'artiste ou sa personnalité s’y décèle trop visiblement. Ainsi Gœthe jugeait son œuvre avec une admirable clairvoyance, avec un sentiment de l’art et de la mesure déjà si profond qu'il y trouvait l'énergie nécessaire? pour sacrifier des scènes d’une réelle

des rebelles ; sous nos yeux il est battu, et se réfugie, blessé, chez les bohémiens. L'intérêt’que lui témoignent ces derniers met en lumière sa popularité, en même temps que les traverses de sa destinée excitent notre pitié. »

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