‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 40 sur 270 · Minor et Sauer, o. L., p · texte numérisé non relu

Minor et Sauer, o. L., p

2. La célèbre lettre à Herder de juillet 1772 (Wetzlar) nous montre l’enthousiasme de Gæthe qui a trouvé dans une ode de Pindare une formule dont il a été soudainement illuminé. Ces mots magiques qui lui révèlent le secret de sa faiblesse, et la vraie fin qu’il faut poursuivre, sont émexpareiy Ouvachar

beauté. Rien ne fait mieux pressentir le poète épris d’art calme et simple qu’il doit être un jour, que les « repentirs » auxquels on doit le remaniement de l’esquisse.

(Néméennes, VIII, 5). A vrai dire, Gœthe leur donne une extension qui dépasse singulièrement le sens qu’ils ont dans le texte : la sage traduction de Dissen (Comment., p. 472): iucundum vero est, opportunilatem nactum, in omni re jfelicioribus amoribus potiriposse, nous fait bien voir ce qu’il y a de géniale fantaisie dans le commentaire de Gæthe; celui-ci croit voir un quadrige dont les chevaux résistent et se cabrent, mais sont enfin maîtrisés par la main puissante du conducteur, et contraints à marcher d’un pas réglé. Les deux simples mots cités plus haut deviennent ainsi le symbole de la domination, de la maitrise que le véritable génie exerce sur la matière de son œuvre. Il est assez instructif de comparer l’idée du jeune Gæthe à cette autre image symbolique du génie que nous trouvons dans le Mazeppa de Hugo (celui-ci a vingt-six ans quand il écrit ce morceau lyrique, et Gœthe, à la date rappelée plus haut, a. vingttrois ans) : tandis que Gæœthe nous montre des chevaux fougueux, que contient et modère une main énergique, Hugo nous montre, à l’inverse, un homme « lié vivant » sur un cheval indompté, et qui ne se « relève roi » qu'après avoir lutté vainement, après avoir crié d'épouvante, après avoir été traîné « pâle, épuisé, béant » jusqu’à la chute finale.

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