LE FRAGMENT DE PROMÉTHÉE
En novembre et en décembre 1771 Gœthe, qui a terminé la Biographie dramatisée de Berlichingen, revient aux écrivains grecs, dont ses lettres contiennent alors de fréquentes citations. A vrai dire, c'est encore d’un peu loin qu'il admire les Tragiques. S'il les tient pour les égaux de Shakespeare, parce qu'ils représentent la vie dans sa plénitude, sans scrupules de faux délicats, et parce qu'ils n’ont d'autre loi que le vrai, son admiration du drame antique ne lui persuade nullement de s’essayer à le faire revivre. Les poètes grecs qu'il lit à cette époque sont ceux dont il est question dans les trois dernières strophes du Wanderers Sturmlied : Théocrite, Anacréon et Pindare. Il lit aussi Platon et Xénophon en vue d’un drame dont Socrate doit être le héros. Ce drame, qui ne fut pas écrit, n’eût pas été moins shakespearien que Berlichingen. Une lettre adressée à Herder! (fin de 1771) nous fait assez comprendre comment Gœæthe le concevait, et quelle en eût été l'inspiration. Nous aurions eu, de nouveau, la peinture d’une époque : au centre du drame, Socrate, héros