‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 42 sur 270 · Aus Herders Nachlass · texte numérisé non relu

Aus Herders Nachlass

de sagesse, faisant une guerre acharnée au vice et à l'hypocrisie, écoutant son démon intérieur et apprenant aux hommes à se connaître; autour de lui, la multitude, incapable de se conduire, et écoutant bouche bée les mensonges dont on la leurre; quelques hommes en petit nombre, « ayant des oreilles pour entendre »; le « pharisaïsme philistin » des Mélitos et des Anytos; enfin la mort du sage, que Gœæthe nous aurait montré victime de la bassesse, de même qu'il avait représenté Gœtz à la fin terrassé par l'égoïsme et la perfidie. En décembre 1771 Gœthe lisait les Mémorables socratiques de Hamann, et cette lecture l’aidait à fixer les traits de son héros. Toutefois, le Socrate qu'il eût mis à la scène n'eût ressemblé que d’une manière un peu vague à celui de Hamann. Gœthe n'avait aucune raison de partager la vigoureuse haine que le Mage du Nord portait à la philosophie, ni de représenter Socrate sous cet aspect mystique et piétiste que Hamann lui prête pour en faire le héros de ses propres idées. Il aurait vu dans le démon de Socrate, non la manifestation miraculeuse du « dieu inconnu », mais la voix même de la conscience. Il est un point, cependant, où les aspirations de Gœthe se rencontrent avec les idées de Hamann. Celui-ci défendait contre la science et la philosophie les droits du sentiment intime et personnel : Gœthe entendait de même la voix de son génie, il se sentait pareïllement isolé dans la foule des esprits routiniers, enchaînés au formalisme de la tradition et des règles : développer librement toutes ses énergies, tel est l'idéal qu'il se propose, et qui répond aux idées du groupe de Darmstadt, notamment à celles de Merck. C'est par là que tous les drames conçus à cette époque apparaissent comme autant de transpositions de Gœtz. La tragédie de César (antérieurement conçue ‘) devait nous montrer, dans toute la richesse de sa nature, un héros de l'intelligence et de l’action traînant le troupeau des humains par la vertu et par le droit du génie. Un pareil dessein s’'accommoderait mal d’une poétique qui modère et limite

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