‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 45 sur 270 · Cf. Erich Schmidt, o. l,. p · texte numérisé non relu

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se borne pas à créer l'homme, il s'applique à développer son iudustrie; il ne juge pas qu'il lui suffise des retraites que la terre offre aux animaux de toute espèce ‘ : il lui apprend à se construire lui-même un abri. On peut même dire que Prométhée est cet « imposteur » à qui Rousseau lancé l’anathème pour avoir, en instituant l’idée de propriété, fondé la société civile. « Ceci est à toi », dit-il à l'homme qui vient de se construire une cabane, car il fonde la propriété sur le travail. Des violences ne tardent pas à se produire : un homme, au prix de grands efforts, s'est emparé d’une chèvre dans la montagne ; un autre la lui prend brutalement et le frappe; le sang coule, mais Prométhée laisse l’agresseur impuni : « Laisse-le, dit-il, si sa main est contre tous, les mains de tous seront contre lui ». Et le Titan ajoute : « Vous n'êtes point dégénérés, mes enfants; vous êtes laborieux et paresseux, cruels et doux, généreux et avares : vous êtes pareils à tous vos compagnons de destinée, pareils aux animaux et aux dieux ». Ainsi le développement naturel de l'homme le porte également vers le bien et vers le mal, et Gœthe est ici plus près de Wieland et même de Spinoza * que de Rousseau.

Telles sont les influences prochaines qui ont peut-être éveillé l’idée du poème, et qui l’inspirent en grande partie. Mais si Gæthe traite cette fable de Prométhée, c'est surtout parce qu’ «elle s’est faite vivante en lui ». Il y voit une affirmation du pouvoir et du droit qu'a le génie de créer librement. En effet, l'artiste n’est pas pour lui, comme le disait Platon, l’imitateur d'une image, éloigné de deux degrés de la réalité première : il est l’égal de la divinité, il est lui-même dieu. À une époque de production féconde, et dans l’enivrement de la création, Gœthe éprouva une impression

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