Apollodore, I, 7, 1. Pausanias, X
conduisant le Titan à la source de toute vie pour lui permettre d'animer ses créatures : un mythe assez répandu raconte, en effet, qu'après le déluge de Deucalion, Zeus avait chargé Prométhée et Athéna de former une nouvelle race humaine du Jimon déposé par les eaux : les vents devaient les pénétrer du souffle de la vie’. Gæthe trouve sans doute cette légende dans le passage des Métamorphoses rappelé plus haut, mais dans son drame Zeus ne préside plus à cette création, et pour cause.
Chez Gœthe comme chez Eschyle c’est Hermès qui joue le rôle de médiateur entre les dieux et Prométhée, et celui-ci résiste, sachant le Destin plus puissant que Zeus, et ne voulant pas s'abaisser devant des vassaux. Mais ces scènes ont dans la tragédie grecque et dans le fragment de Gœæthe une physionomie assez dissemblable. C'est que les griefs du Prométhée d'Eschyle sont beaucoup plus définis. Il haït les dieux
‘ingrats, qui frappent injustement leur bienfaiteur?, et sa ‘ révolte n’est pas seulement le refus de se courber devant eux et de reconnaître leur toute-puissance : c’est l'obstination du Titan à garder le secret dont il est possesseur, et que Zeus doit connaître, s’il ne veut être un jour détrôné. De même, la proposition d'Hermès est précise : Prométhée doit révéler le secret, sous peine de voir aggraver son supplice. Il en est tout autrement chez Gœthe*. Son Prométhée ne fait qu'une allusion très vague à la lutte contre les Titans. Ce quil reproche aux dieux ce n’est pas de faire preuve d’injustice ou d'ingratitude envers lui, c’est de n'avoir pas armé son cœur contre les passions, de l'avoir laissé livré à lui-même, seul ouvrier de son progrès moral. Et il est assez frappant de
1. Le même mythe se présente encore sous une forme plus voisine de la fiction de Gœthe : Prométhée façonne le corps de l’homme qui est ensuite animé par Athéna. On sait que cette collaboration est figurée sur plusieurs monuments, et que la déesse porte sur la tête un papillon, symbole de l'âme qu’elle insuffle à la créature.
3. Le pacte que Mercure venait conclure au nom des dieux est antérieur au commencement de la scène : nous ne le connaîtrons que plus tard par Epiméthée.
4... Diesen Busen gestählt, Zu trotzen den Titanen? (v. 26-7).
voir qu’en certains passages ce qu'Eschyle exprimait comme fait positif et matériel se transforme, chez Gœthe, en fait de conscience. Prométhée étant un « état d'âme » du poète, tout s'y transpose, pour ainsi dire, en sentiment. « Quoi qu'il arrive, je ne peux mourir », dit ‘ le Prométhée d'Eschyle, qui se sait immortel; celui de Gœthe ne se sent pas appelé à finir, et l'immortalité dont il. parle est celle de tous les êtres. On voit par là en quel sens sont modifiés dans notre poème les détails empruntés à la pièce grecque.
Enfin l'Epiméthée de Gœthe tient le rôle qu'Eschyle donne à Okéanos. L'un et l’autre personnage s'efforcent de persuader au Titan de céder aux dieux, et leur démarche reste vaine. Dans notre fragment dramatique, c’est au moment où Proinéthée contemple, dans une sorte d’extase, les statues qu'il a formées, et souhaite avec passion de pouvoir leur donner le sentiment, que son frère vient lui transmettre la proposition des dieux? : le Titan habitera la cime de l’Olympe que les dieux lui abandonnent, et de là, il régnera sur toute la terre. Prométhée refuse d’être « leur burgrave » et trouve plus juste que chacun garde ce qui lui appartient. Mais il y a, pour les raisons que nous avons vues, une étrange différence entre les deux scènes : Okéanos prêche une soumission prudente, tandis que la démarche d'Epiméthée nous montre la puissance du Titan reconnue par les dieux eux-mêmes. Et le curieux argument auquel nous avons fait allusion plus haut* pourrait suffire à nous faire sentir la différence de ton et d'inspiration. C'est que les influences les plus diverses se mêlent dans ce drame, et que l’âme tumultueuse du poète en domine avec peine tous les éléments. Nous avons dit plus haut comment les idées de Rousseau, de Gerstenberg, de Wieland, sur l’état de nature et sur les origines de la vie sociale, avaient agi sur la conception du Prométhée. Sur les scènes qui nous montrent l'extase créatrice du Titan et son emportement de tendresse pour les êtres qui lui devront la forme et la vie, d’autres