Euripide, Alceste
2. On verra cependant plus loin ce que Gœæthe regardait comme contraire à ces mœurs, dans la 3° scène de l'acte II.
il n'a pas encore appris le dévouement qui le sauve, et la joie qu'il éprouve à sentir se relâcher l’étreinte de la mort, il voudrait la partager avec Alceste. La situation est traitée avec beaucoup d'art et de pathétique; cette sorte d’hymne à la vie et à la lumière du soleil s'accorde bien d’ailleurs avec la manière de Wieland : le sujet se prêtait à cette sorte de lyrisme sensuel qui est le ton de presque toutes ses œuvres antiques.
Quelle est la part que prend Hercule à l’action et comment son intervention doit-elle être motivée? C’est encore un point sur lequel Wieland se sépare d'Euripide. Il s’agit moins, pour le moment, du caractère du sauveur d’Alceste — il en sera surtout question dans la V* lettre — que de son rôle. « Euripide, — observe Wieland, — fait reposer toute l'intrigue de sa pièce sur l'hospitalité d'Admète. » Lorsqu'il s'est conduit en personnage « mal élevé » et qu’un serviteur indigné lui a révélé la vérité, Hercule se lamente, arrache de sa tête sa couronne de myrte et court « tant qu'il peut » pour disputer Alceste à la mort. Wieland trouve que, « dans tout cela, le fils de Jupiter fait une bien médiocre figure », et que, jugé selon nos idées et nos mœurs, il nous semblerait méprisable. Jugement bien étrange? Hercule est-il méprisable pour la façon dont il se conduit dans le palais en deuil, et pour les propos qu'il tient au serviteur d’Admète? Mais il a été trompé par un langage à double entente, et la douleur qu'il en témoigne‘ suffit à l’excuser. Ce qui l’amoindrit surtout aux yeux de Wieland, c’est qu'il ne sauve Alceste que pour racheter ce que sa conduite avait de choquant. C'est là d’ailleurs une pure imagination, car on ne peut trouver rien de semblable dans la tragédie d'Euripide. Hercule y déclare qu'il veut s'acquitter d'une dette de reconnaissance et se montrer digne fils de Zeus? : voilà les raisons qui le décident à sauver Alceste, et ce n’est nullement un acte de contrition qu'il accomplit, Wieland voulait, par là, se faire valoir et