‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 61 sur 270 · Page · texte numérisé non relu

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2. La tirade où son Euripide fait une exposition abrégée de la piece (D. j. G., IT, 392) peut passer pour une imitation très libre du début d’Alceste (discours d’Apollon précédant l’arrivée de Thanatos, v. 1-27); mais le détail ne fournit aucun rapprochement caractéristique. Les vers 22-23 sont pourtant rappelés

‘ dans un passage qui résume la suite du prologue et une partie de la Parodos (Er entfernt sich wehmüthig, dass nicht die Gemeinschaft mit Todten seine Reinigkeit beflecke, D. j. G., 11, 398). C’est dans ce passage que se trouvent le plus grand nombre de réminiscences : Da trilt herein, schwarz gehülll, das Schwert ihrer heimtückischen Macht in der Faust, die Künigin der Todten (4vaxræ roy WEÂGUTET)OY VExp&v — V. 843 —), die Geleiterin zum Orkus (66 vev eis "Atdou Dépovs uéle

Des observations et des rapprochements qui précèdent, il ressort que Gœthe a relu la pièce d'Euripide moins pour pénétrer dans la pensée de l’auteur et dans les caractères des personnages que pour chercher des armes contre Wieland, à l'appui d'une opinion préconçue. Voici comment ripostait le Mercure (cahier de juin 1774) : « Nous recommandons cet opuscule à tous les amateurs de pasquinades, comme un chefd'œuvre de persiflage, et de cet esprit fait de sophisme qui, de tous les points de vue possibles, à soin de choisir celui qui fait nécessairement voir l’objet de travers, pour s’égayer ensuite quil soit ainsi de travers ». La riposte était assez vive, Sous une apparence modérée; on peut même la trouver injuste en ce qu’elle ne tient pas compte de la sincérité de Gœthe; mais le jugement qu’elle exprime rend bien une impression que fait éprouver par moments la lecture de la farce. C’est avec raison que Gœthe rabat certaines prétentions de Wieland, mais sa discussion, plus rude que franche, est gâtée par une perpétuelle équivoque. Le sacrifice d'Alceste

xara£erv — V. 25-6 —).. und schilt auf die gnädig verweilende Gottheit (tr! où tide moheïs — V. 29, — ppouoeïs — v. 35 —), droht schon der Alceste (v. 47-49-53- 73-14). Puis vient une paraphrase de la 2° antistrophe du 1° chœur : ach dass Eskulap noch lebte, der Sohm Apollo (Mévos d'év, et vos 760 v Oupasiy Debopxds Potéou raïcs, etc., v. 122-4) der die Kräuter kannte und jeden Balsam (on lit au Stasimon y’, v. 969-72 : 6x Poiéos AcxAnmiadaic Édwnev papuaxx ToAUTOVOLS ävritewy Bporotouv), sie würde gerettet werden. Denn er erweckte die Todten, aber er ist erschlagen von Jupiters Blitz (npolmodo’ %)Gev Edpas oxotious… mupoc zepauviou — v. 122-128 —); ce qui suit (der nicht duldete…. Rathschluss) est ajouté par Gœthe, sans doute pour donner plus d’ampleur à la phrase. La fin de la tirade d’Euripide, coupée par une intervention d’Alceste, n’est qu’une très libre paraphrase qui ne contient guère, malgré certaines réminiscences, que le sens général des paroles d'Héraklès (v. 837 et suiv.); tel détail (nun Herkules auftritt) montre que Gæthe ne se pique pas de suivre la lettre de la iragédie. Les exclamations du héros (Sie ist todt, todt...) ne se trouvent pas dans le grec, mais un détail qui suit (hast mit deinem verzehrenden Schwert abgeweihet ihre Haare) est tiré d’un autre passage de l'Alcesle (v. 74-76); la déclaration d’Héraklès (Ich bin Jupilers Sohn.…., etc.) est une autre forme des vers 837-839 : 5Q ro Thäca…. ’Alxuñyn Au. Les imitations sont plus précises dans la phsase finale : An dem Grabe will ich dir auflauschen.…., qui est assez directement imitée des vers 843-849.

et le consentement d'Admète sont naturels aux yeux des Grecs : ils sont justifiés par la condition de la femme et par des raisons d'intérêt social; à ces raisons Gœæthe fait une allusion très brève (Sein Haus, sein Volk in Verzweiflung den guten trefflichen zu verlieren, p.392) : il s'étend davantage sur le prix que les Grecs attachent à la vie — ce qui est encore un bon argument —, mais il présente surtout la conduite d'Admète comme étant à la fois la plus naturelle et la plus conforme au sentiment universel. Il ne voit pas que ces scrupules de Wieland, qui lui paraissent absurdes, ne sont pas étrangers à Euripide. On a dit avec raison que, par son amour de la vie, Admète a quelque ressemblance avec les satyres. Le rapprochement est très juste, mais il faut, naturellement, prendre soin de ne pas l’exprimer sans nuances. C'est altérer déjà le sens de la pièce que de voir un certain effet comique « dans la contradiction entre le dévouement d’Alceste et la pitoyable conduite de l'homme qui en est l’indigne objet ». Remarquons, en effet, que ce féroce amour de la vie ne se manifeste d'une façon choquante que dans une seule scène où la brutalité d'Admète s'aggrave par l'effet de sa douleur; tout le reste de la tragédie nous montre plutôt une contradiction entre les sentiments d'Admète et son acceptation du sacrifice d'Alceste. Il ne faut pas entendre par là qu'Euripide « condamne inexorablement » ce personnage. C'est là l'opinion de Schæne qui, partant de cette idée que la pièce est une parodie de l’Alceste de Phrynichos, était amené à conclure que la parodie « se concentrait », pour ainsi dire, dans le personnage d'Admète. Outre que l'hypothèse elle-même ne peut être appuyée que de raisons purement spécieuses, cette conception du personnage d'Admète est tout à fait injustifiable. Euripide ne « condamne » pas son Admète : il le sauve au contraire et le rend digne de pitié en lui prêtant des senti- ments qui protestent, en quelque sorte, contre sa conduite. Cette protestation vient naturellement du poète plus que du véritable personnage : Euripide, en mettant à là scène la vieille légende, la juge et la critique en philosophe, selon son habitude. On peut dire que son Admète agit conformément aux

mœurs de cet âge primitif, tant exalté par Gœthe, et selon des idées sociales qui furent de tout temps celles de la Cité grecque, tandis qu'il sent avec la délicatesse d’un moderne. S'égayer comme d'une inconséquence du profond désespoir qu'il exprime, ou refuser de croire à sa sincérité, c’est méconnaître la vraie pensée du poète. Wieland est, à cet égard, dans l'erreur. Mais de son côté Gœthe ne prend pas garde que l'imputation de lächeté dont il défend Admète contre Wieland se trouve déjà dans Euripide : elle est d’abord exprimée par Phérès, qui traite son fils de lâche en lui faisant honte de se laisser vaincre par une femme‘, ensuite par Admète luimême qui, dans une scène avec le chœur, prévoit le langage qu'on ne manquera pas de tenir sur sa conduite? ; sans doute c'est la voix de ses ennemis qui l’accusera de lâcheté, mais ce n'est là qu'une fiction qui représente la conscience moderne et le jugement qu’elle porte sur l’action d'Admète. Que cette action ait été ainsi jugée antérieurement à Euripide, c'est ce dont nous n'avons aucun indice : ce que nous savons de l’Alceste de Phrynichos se réduit à peu près à rien, et le fragment d'une chanson à boire de Praxilla, où il est question d'Admète, ne condamne pas sa lâcheté — comme on l’a prétendu — mais oppose, ce semble, la conduite de sa femme à celle de ses parents*. Ainsi rien ne nous autorise à croire que la figure d'Admète eût déjà perdu quelque chose de sa grandeur héroïque. Ces observations ne modifient nullement d’ailleurs l’idée générale que l’on se fait aujourd’hui de la pièce, dont le caractère mixte nous a été expliqué par la didascalie du Vaticanus. L'ironie que l’on a signalée dans la manière dont le personnage de Thanatos est présenté, les traits d'Héraklès, qui sont dans la tradition des drames satyriques, les moments où la conduite et les sentiments d'Admète paraissent conséquents avec eux-mêmes, la scène charmante où Héraklès fait rentrer Alceste dans la demeure d'Admète,

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