‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 63 sur 270 · Lettre à Heinse du 24 oct · texte numérisé non relu

Lettre à Heinse du 24 oct

satyriques pour la vraie figure du fils de Zeus, semble un peu jouer le rôle de dupe. C’est qu'il était alors dans une fièvre d'enthousiasme pareille à celle de nos Romantiques : tout lui paraissait également admirable chez ceux qu'il proclamait ses maîtres : Shakespeare et les Grecs; ce qui choquait les idées classiques ou bourgeoises lui semblait, par cela même, l'expression géniale de la vérité. C'est l’état d'esprit des spectateurs de Hernanti applaudissant avec fureur ce qu'ils entendaient bien ou mal. Le dessein de Gœthe en écrivant sa farce était, en somme, fort louable : il défendait un idéal qu'il croyait rabaissé par Wieland. « Je le turlupine un peu rudement, écrivait-il à Schünborn', sur cette sensiblerie moderne avec laquelle il représente les robustes géants des âges fabuleux. » Il s'exprimait dans le même sens, en 182%, lorsqu'il s'agissait de savoir si sa farce devait, ou non, figurer dans la nouvelle édition de ses œuvres : « Je tâtonnais encore, dit-il à Eckermann?, et, obéissant à une impulsion inconsciente, je m'efforçais vers un but obscurément entrevu, mais j'avais le sentiment du vrai, une baguette divinatoire qui me révélait où se trouvait l'or. » Cette « vérité » vers laquelle se dirige Gœthe est, assurément, très relative. C'est au nom du sentiment grec qu'il attaque le drame et les Lettres de Wieland, mais nous savons combien ce sentiment varie, non pas seulement dans les générations successives, mais aussi chez Gœthe, aux diverses périodes, ou même aux divers moments de sa vie. « Gœthe, dit M. V. Basch, a pu se dire grec, et dans la période réaliste de sa jeunesse, et dans la période symboliste et allégorique de sa vieillesse, tout simplement parce que sa conception de l’hellénisme a varié avec les modifications de son propre idéal artistique. Grec a été pour lui tout ce qu’il admirait à tel moment de son évolution artistique, tout ce qu'il aspirait à réaliser dans ses propres œuvres”. » Cette conviction sincère peut nous faire oublier ce qu'il y a d'équivoque et d'insuffisant dans les

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