‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 64 sur 270 · La Poétique de Schiller, p. 30, Alcan · texte numérisé non relu

La Poétique de Schiller, p. 30, Alcan

moyens employés. Gœthe se proposait mieux que d'attaquer le Mercure, ou de prouver à Wieland qu'il n'avait pas le don du théâtre‘. Le passage des Mémoires relatif à la farce nous explique bien ce qu’elle contient de juste et de faux, et en est aussi la meilleure justification. Wieland avait accommodé ses personnages selon le goût moderne : c'était son droit, et Gœthe le reconnaît sans difficulté, mais il s'était vanté de la façon la plus choquante, et s'était attaqué aux Anciens. Cela valait des représailles, et l’on ne doit pas s'étonner de ne trouver dans la satire ni ménagements ni concessions. Gœthe n’était pas d'humeur a considérer si le sujet pouvait être traité par des modernes autrement que ne l’a fait Wieland, si celui-ci n’était pas en droit « de modifier une tradition poétique suivant son but et ses idées », et si les changements introduits n'étaient pas quelquefois heureux. La farce avait moins pour but de juger l'Alceste allemande que de punir Wieland de l’outrecuidance de ses Lettres : c'était comme un passe-temps d'étudiant dont il ne fallait pas exiger plus de logique et de sérieux que n’en promettait son sous-titre. Et cependant cette œuvre de fantaisie, écrite, pour ainsi dire, dans une fièvre de réalisme et de liberté, Gœthe a pu, non sans vraisemblance, la rattacher aux idées générales que devait lui donner plus tard l'étude approfondie des œuvres antiques, y retrouver l'intuition de la « saine nature », et de cette vérité « que les dieux et les héros grecs ont pour principe, non des qualités morales, mais un idéal de perfection physique ». En effet,, malgré toutes les critiques qu’on peut adresser à cet opuscule, malgré les appréciations injustes ou erronées qu'il contient, malgré ses sophismes, ses défis au bon sens, il y faut reconnaître un sincère effort vers le vrai, et le sentiment d'une antiquité non point déformée par les idées modernes et réduite à notre mesure, mais directement sentie, dans sa vivante originalité.

1. Cf. Rosenkranz (Gœthe und seine Werke, 2 édit., p. 173) et H. Kôpert (Progr. Eisleben, 1864), cités par Strehlke.

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VERS L’ART ANTIQUISANT

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