À Mme de la Roche, 19 janvier
3. Biedermann fait observer que le symbole qui est dans le sujet de Proserpine est tout à fait opposé à l’idée de Pygmalion. La convoitise des fruits de la terre fait perdre à une déesse ses droits à l'Olympe. Schiller, dans la 2° strophe de l’Idéal et la Vie, fait une admirable interprétation de ce mythe. Mais Gœthe ne parle guère de ce sens symbolique, et on le trouvera difficilement dans ces vers : Ach warum schafft Die erste Freude hier mir Qual?… Warum sind Früchte schün wenn sie verdammen‘
4. Erich Schmidt, Gharakteristiken, Il° Reihe. Weidmann, 1901, p. 248 et suiv.
La Médée de Gotter fut pour Mme Hensel-Seyler un moyen de se faire valoir à son tour de même manière; dans cette scène lyrique, le sujet traditionnel est réduit pour un seul personnage, car la servante, les deux enfants, Jason et Créuse sont de simples comparses, et ne font entendre que de courts épirrhèmes ; le monodrame a même son dénouement : Médée disparaît dans les airs, et Jason se tue.
Si le Pygmalion de Rousseau a été le premier modèle de toutes ces scènes lyriques où les héroïnes de la fable, Ariane, Médée, Thisbé, Cléopâtre, Sophonisbe, sont représentées à des moments tragiques, c'est en Allemagne que le genre du mélodrame s'est vraiment constitué. Sa loi primordiale était, naturellement, la variété des « couplets », mais il était inévitable que dans ces scènes qui naissaient de la mode plus que de l'inspiration des poètes, il s'établit une tradition de procédés, ou même d’expédients applicables à tous sujets : rappel du passé, visions de l'avenir, apostrophes aux vivants, aux morts, aux éléments; arrivées de messagers, intervention de personnages surnaturels (oréades, nymphes, esprits), passage de chasseurs ou de soldats, tonnerre, foudre, dieux de la machine ‘. Gœthe est bien éloigné, sans doute, d'employer ces sortes d’expédients : l’art de son monodrame se laisse pourtant un peu voir, et parmi ces différents couplets qui, souvent sont d'une très pure beauté, ilen est qui nous touchent moins, parce qu'ils sont un peu trop attendus. Leur composition est très naturelle et habile? : Proserpine a devant elle les champs de la douleur ; de ce morne paysage, sa pensée va vers la délicieuse idylle de ses jeunes années, vers les bords de l’Alphée où elle jouait avec ses compagnes qui, maintenant, la cherchent en vain : des vers qui donnent l'impression d’une sombre chevauchée nous disent le raptdela jeune fille et la fuite précipitée des « coursiers de l'Orkus* ». Proserpine est maintenant reine dans l'empire des ombres, mais elle souffre avec ses malheureux sujets : elle voudrait