Voir Kôster, article cité, p
2. Les sources de Gœthe (cf. E. Schmidt, o. L., p.156) sont ici : Ovide
(Métam., V, 385 et suivants), Hygin, et peut-être le Mythol. Lexikon de Hederich. 3. Weggerissen haben sie mich, Die raschen Pferde des Orkus.
124 VERS L'ART ANTIQUISANT.
soulager leur peine, porter aux lèvres de Tantale l'onde fugitive, arrêter la roue d'Ixion, mettre fin au labeur épuisant des Danaïdes ; quant aux Justes, elle les laisse passer avec indifférence, parce que leur route n'est pas la sienne : « Dans vos bocages profonds, dans votre demeure murmurante, on n'entend pas, comme là haut, le frémissement de la vie, le suprême bonheur n’y flotte pas entre la douleur et la joie ». C'est lorsqu'elle a dit sa ‘détresse et l'amour peu durable de Pluton, que Gœthe, de façon très habile, va peindre la douleur maternelle de Cérès : le morceau prend ainsi plus de relief qu'il n’en aurait eu précédemment, et il introduit le couplet contrasté qui représente le trône de l’Olympe, les souvenirs de la première enfance, l'espoir de la délivrance prochaine. Mais ici se place la péripétie : aussitôt que Proserpine a goûté la grenade, le paysage qui l'entoure lui paraît plus effrayant ; il lui semble que les rochers qui l’environnent deviennent une prison plus étroite, et que des orages grondent dans les abimes ; elle croit entendre les Parques lui crier impitoyablement : « Tu es à nous! ». La damnation est accomplie : Proserpine n'a plus que des impressions d'horreur, des paroles de haine et des imprécations.
On sait quelle avait été primitivement la destination de ce monodrame : E. Schmidt l’a nettement établi. Gluck ayant perdu sa nièce tendrement aimée, sa chère Nanette, avait supplié Gœthe d'écrire à Ja mémoire de la jeune fille un thrène dont lui-même composerait la musique. Gœthe consentit et se mit à traiter ce sujet de Proserpine, mais le travail fut interrompu, et assez longtemps pour qu'il fût impossible de conserver au poème sa destination première. C'est ainsi qu'il fut achevé pour Corona Schrôter, et inséré dans le Triomphe de la Sensibilité. Quels que soient les défauts inhérents au genre même du monodrame, on ne peut assez déplorer que ce retard dans la composition de Proserpine ait empêché cette collaboration de Gluck et de Gæœthe. On a pu juger, par l'analyse qui précède, du pathétique et de la variété du poème ! : la pitié de Proserpine pour les damnés, la