‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 79 sur 270 · Skala von Tônen », dit Erich Schmidt · texte numérisé non relu

Skala von Tônen », dit Erich Schmidt

douleur de Cérès, sont rendues avec un accent profond; la péripétie tragique est tirée de la légende même, et l’artifice est, autant que possible, évité ; c’est ainsi que Proserpine croit entendre le chant des Parques : ce chœur qui la damne semble sortir de sa conscience même‘; il y a là une délicatesse d'art que ne connaissaient guère alors les auteurs de monodrames.

Pourtant, le fait même d'insérer cette scène lyrique dans une parodie à bien l'air d’une dérision, et l'on est allé jusqu’à dire que Gœæthe s'était ainsi puni lui-même. C’est aller un peu loin. Il est plutôt à croire qu'après avoir composé son poème en s'y donnant tout entier, Gœthe n'a pu s'empêcher de le trouver un peu trop semblable à ces monodrames à la mode, souvent si faibles et artificiels ; il y a reconnu les procédés inhérents au genre même, et il a pensé que ces variations lyriques, où ne manquaient nil’émotion ni les trouvailles heureuses, valaient d'être représentées, mais à la condition d'atténuer, avec de l'ironie, les dangers etles défants du genre?. Ce n'est pas que le drame lyrique lui parût condamnable en soi : il était loin d'avoir, à son égard, les préjugés de Tieck ou de Herder. Tieck raillait, en effet, ces explosions lyriques qui venaient, de manière étrange, assaillir un auditeur nullement préparé, ces combats de la musique et de la voix se gênant constamment l'une l’autre; Herder demandait avec humeur aux héros de ces monodrames : « Pourquoi donc ne chantez-vous pas?* » — Objection de principe qui, du reste, n'a pas grande valeur, si nous nous en rapportons au sentiment de Mozart lui-même, et à ce qu'il disait du duodrama, l'année même où fut jouée Proserpine : « Vous savez, dit-il, qu'on n'y chante pas : on déclame, et la musique est comme un récitatif obligé. De temps en temps, on parle aussi avec accompagnement de musique, ce qui fait toujours la plus magnifique impression‘. »

1. Und ihr weiten Reiche der Parzen (scheint) Mir zuzurufen : Du bist unser !

2. Notons, en passant, ces vers un peu « Marinistes » sur les flammes de: l'amour : Musst du die Flammen der Hôülle Durch deine Flammen vermehren?

Page 1