VERS L'ART ANTIQUISANT
On a pu voir, par ces courtes observations sur Proserpine, le genre d'intérêt qu'offre pour nous ce poème. Ces monodrames sont, selon le mot de Tieck, des « fragments de tragédie », le plus souvent de sujet grec : nous avons donc ici le premier essai dramatique de Gœthe dans le genre antiquisant. Dans quelle mesure s’est exercée l'influence du monodrame sur le théâtre allemand de la fin du xvr” siècle, c'est une question délicate, et qui mériterait une étude à part. Je ne pense pas qu’on retrouve cette influence dans la vision d'Oreste, au troisième acte de l’Zphigénie de Gœthe, mais on la signale à juste titre dans la scène finale d'Egmont, dans la première scène du troisième acte de Marie-Stuart, et surtout dans la scène d’introduction du quatrième acte de la Pucelle d'Orléans”.
D'une autre manière, le monodrame exerce encore une action durable sur le théâtre allemand, en formant les acteurs à l’eurythmie, à la noblesse de la déclamation et du geste, sinon à cette « grâce attique » que Wieland admirait chez la grande interprète de Proserpine, Corona Schrôter. Ce raccourci de tragédie ivrique antiquisante prélude ainsi aux efforts de Gœthe qui seront signalés plus loin; elle aide à la formation d'une école classique d'acteurs ?.