‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 93 sur 270 · Sa préface en est un curieux monument · texte numérisé non relu

Sa préface en est un curieux monument

2. Au delà du 2° acte il n'y a guère de rapprochement à chercher. Ge sont,

Nous ne mentionnerons ici que brièvement les tragédies allemandes d'Elias Schlegel (Die G'eschwister in Tauris, 1733) et de Derschau (Orest und Pylades, 1747); l'Iphigénie de Schlegel n'hésite pas à tromper Thoas, et ce n'est assurément pas d'elle que l'héroïne de Gœthe tient sa pureté morale; mais le retour à la tradition, dans la scène où les deux Grecs sont amenés devant Iphigénie, la peinture de l’amitié et celle de la mélancolie d'Oreste ont certainement fait impression sur Gœthe. Oreste a des paroles de désespoir d’un accent tout à fait gœthéen (IL, 4 : das Ende meiner Noth find’ ich in diesem Tempel….) et dans les passages qui nous montrent l’intime union des deux amis, le texte de Schlegel est quelquefois presque textuellement imité. D'autres scènes encore contiennent des emprunts évidents, par exemple celle où Pylade, qui se fait passer pour un Troyen, est interrogé par la prêtresse (fiel Troja?...), et celle de la reconnaissance.

En 1774, Gotter faisait paraître son Oreste et Electre, adaptation des tragédies de Voltaire et de Crébillon : ces pièces, qui furent représentées à Gotha et à Weimar, purent, comme on l’a supposé, ramener Gœthe à l'Oreste de Voltaire et aux sources antiques. En ce qui regarde la tragédie de Voltaire, il n’est guère possible de découvrir chez Gœthe des réminiscences précises !; mais on peut remarquer que le sujet d'Oreste, bien que l’action principale soit fort différente, offre plus d’une analogie avec celui d'Iphigénie en Tauride : Oreste et Pylade sont jetés par un naufrage sur le rivage de l’Argolide : Oreste, en proie au désespoir, doit être encouragé par son ami, et il a, par avance. la vision des « filles d'enfer »: les soupçons de Thyeste, bientôt changés en certitude, font courir aux deux amis un danger de mort, la sœur est sur le

d’ailleurs, d’après les observations de Diderot, ces deux premiers actes qui furent surtout -applaudis (cf. Düntzer, p. 11). Danzel pense que Gœthe a connu les observations de Diderot : c’est probable, en effet.

1. Il se pourrait cependant que cette épée d’Agamemnon « qui frappait les vaillants des Troyens » (2036-7) fût une réminiscence d'Oreste, II, 4 : Mes mains, avec cette urne, ont caché cette épée Qui dans le sang Troyen fut autrens trempée. Morsch, 0. L., p. 25, voyait dans ce détail une addition propre à

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point d'égorger le frère, et le dénouement est amené par leur reconnaissance. Le sujet d’Oreste ne convenait nullement à l'expression des idées et des sentiments de Gœæthe, puisqu'il représentait une âme non point apaisée, mais stimulée dans la violence et dans la haine. Si l’on s’en tient cependant à l'extérieur de l’action, Gœthe pouvait voir développés, et dans la pièce de Voltaire et dans l'adaptation de Gotter, des effets tragiques communs aux deux sujets.

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Nous pouvons maintenant remonter aux vraies sources d'Iphigénie, c'est-à-dire aux modèles antiques. À ne regarder que l'extérieur et les moments dramatiques de la pièce, les ressemblances avec l’'Hélène d'Euripide peuvent paraître assez frappantes et nombreuses. Nous avons d’ailleurs plus d’un indice de l'intérêt de Gœthe pour cette curieuse tragédie. La situation de l'héroïne, qu'un miracle a transportée en pays

lointain, les sentiments de Théoclymène, qui prétend l'épouser, les récits de Teucros sur la prise de Troie, la reconnaissance de Ménélas et d'Hélène, les dangers courus par Ménélas et la ruse qui le sauve, offrent de singulières analogies avec le sujet d’/phigénie, et plus d’un détail nous montre que Gœthe -s’en est avisé. Mais c'est surtout Théonoé, la douce et pure prêtresse, sœur de Théoclymène, qui semble avoir prêté plus d'un trait à l'Iphigénie allemande. « Je suis et veux être pieuse, dit-elle‘; j'ai souci de moi-même, etne voudrais point souiller la gloire paternelle... mon âme est un vaste sanctuaire où réside la justice *.... »

Arrivons au sujet même de la tragédie de Gœthe et aux sources où sont puisés les faits qui précèdent l’action d'Oreste. Euripide, dans le prologue d’Zphigénie en Tauride, nomme les ancêtres d'Iphigénie sans faire allusion à leurs

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