Euripide, El
2. Cinq, comme dans les autres drames classiques de Gæœthe. Quant au personnage du chœur antique, il est, en quelque facon, suppléé chez Gæœthe par le lyrisme et. le caractère sentencieux du style.
3. Ce nom peut être une réminiscence de Mithridate ou d'Iphigénie. 4. NV. 165 et suiv.
c'est de lui-même, et non pour obéir à une puissance supérieure, que Thoas prononce cet « adieu » sans lequel Iphigénie se refuse à partir. Il est vrai que l'intrigue de la pièce grecque pouvait se passer de l’action d'Athéna : si les fugitifs sont repoussés à la côte, ce n’est pour le poète qu'un moyen de faire paraître une divinité qui prédit l'institution du culte d'Artémis Tauropole au port d'Halae, et le sacerdoce que doit exercer Iphigénie sur les hauteurs de Brauron‘. L'intervention d'un dieu est donc aussi nécessaire à Euripide qu'elle eût été nuisible à la pièce de Gœthe.
Les reconnaissances se font aussi, chez Gœthe, d’une manière toute différente et dans un ordre inverse de ce que nous voyons chez Euripide. Iphigénie a appris de Pylade la chute de Troie et le meurtre d'Agamemnon : sa douleur ne lui permet pas d'interroger plus longtemps le prisonnier : elle se voile et s'éloigne, et c'est d'Oreste qu’elle apprend, dans la première scène de l’acte suivant, la mort de Clytemnestre et la poursuite du meurtrier par les Furies. La reconnaissance du frère par la sœur est amenée de la façon la plus saisissante : préparée par le mensonge de Pylade, elle s'achève grâce à l'influence morale qui émane d'Iphigénie, dont la sincérité désarme le mensonge. La reconnaissance d'Iphigénie par Oreste pourrait suivre immédiatement, mais Gæœthe a voulu qu'elle fût séparée de la première : après s'être découvert à sa sœur, Oreste s'éloigne. Gottfried Hermann a blâmé cette scène : il ne peut comprendre qu'Iphigénie, aussitôt après l’aveu d'Oreste, ne se jette pas dans ses bras. Mais, d’une part, il est naturel qu'Oreste s'éloigne après avoir avoué son parricide : la conscience de son crime lui rend insupportables la vue des hommes et la vie même, et surtout il ne peut soutenir la présence d’un être aussi pur qu'Iphigénie; celle-ci, de son côté, agit conformément à sa nature, en se tournant d'abord vers les dieux : elle ne veut pas s’abandonner à ce grand bonheur avant deles avoir suppliés de le faire durable et d'empêcher « qu'il ne s’évanouisse comme l'ombre
1. Decharme, o. L., p. 394. — Stier, Orests Entsühnung.… p. 11.
d'un ami disparu‘ ». Cette scène est donc justifiée, mais peut être l’est-elle surtout pour la réflexion, et ce qui subsiste de l'observation de G. Hermann, c’est que cette interruption ne va pas sans surprise et produit une impression de froideur.
Ce qui fait la beauté des deux reconnaissances dans la tragédie de Gœthe, c'est qu'elles se produisent sans artifice, par un effet naturel des situations et des caractères : Oreste, après avoir dit le meurtre de Clytemnestre, ne peut se résoudre à dissimuler plus longtemps; Iphigénie, après un moment de recueillement et de prière, se fait connaître à son tour : les deux reconnaissances sont donc de la nature la plus simple : ce qui leur donne du relief, c'est l'erreur où le mensonge de Pylade tenait Iphigénie, et l'élan de sincérité d'Oreste; c'est ensuite la scène de démence, qui retarde l’effusion de joie du frère retrouvant sa sœur: entre la parole d'Iphigénie, qui s’est fait connaître, et le moment où Oreste peut prendre conscience de son bonheur, se place la suprême crise et la guérison du parricide. — Il y a plus d'artifice dans les reconnaissances d'Euripide : la première, celle d'Iphigénie par Oreste, se fait au moyen de la lettre, ce qu'Aristote approuve, « parce qu'il est naturel qu'Iphigénie veuille envoyer une lettre, et parce que ce genre de reconnaissances est le seul qui se passe de colliers et autres signes d'invention ? ». Il y a là cependant quelque chose de plus matériel et contingent que dans la pièce allemande. Quant à la seconde reconnaissance, celle d'Oreste par Iphigénie, elle est rangée par Aristote dans la catégorie de celles « qu'invente le poète, et qui supposent peu d’art* ». Oreste se fait reconnaître en effet « par des signes, et en disant ce qui plaît au poète, sans que la fable y soit pour rien ». L’habileté dramatique est moins grande ici que dans la première reconnaissance qui, d’ailleurs, ne vaut pas tant par elle-même que par l’art avec lequel le poète la retarde, notamment par la lutte de générosité des deux amis.