‹ Goethe et le TasseChapitre 2 sur 15 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Mais s'il n'eut à une dose exceptionnelle ni la vigueur, ni l'originalité des conceptions, ni la largeur des pensées, ni la force des sentiments, il se montre néanmoins le peintre merveilleux de la nature. Nullement épique comme Arioste, ce grand inventeur de VOrlando Furioso, le style lyrique lui fut familier et il s'en servit comme ne l'avait fait jusqu'alors aucun poète pour donner de la nature les tableaux les plus enchanteurs.

Forêts ombreuses, prairies émaillées de fleurs, ruisseaux dévalant doucement les pentes des collines, peintures des horizons, des ciels, des météores, de l'atmosphère, personne ne les conçoit, ne les dessine comme lui. Il se complaît à parler des nuits splendides éclairées d'étoiles, à décrire dans ses poèmes les transparences de l'éther, les phénomènes de l'aube. Il note comme personne l'étouffante atonie de l'atmosphère dans les étés de sécheresse, les tiédeurs des matinées de printemps. Sa plume a des finesses de pinceau étonnantes pour aborder le domaine pittoresque.

ile. Si son peu austère imagination Dute consaithétique et horreur du ît ses héros comme les bre des bois i survivent les mânes

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Car Torquato produisit des œuvres nombreuses. Ce serait une erreur de croire qu'il limita ses compositions à la Jérusalem délivrée et à VAminta. Durant toute sa vie, il ne cessa de composer et sur les sujets les plus divers. Il convient d'en donner ici quelques indications précises. A i8 ans, il passe àPadoueses examens de docteur en philosophie (1564).

En 1561 il avait déjà publié Rinaldo, poème épique en douze chants. VAminta, pastorale sur laquelle je reviendrai plus loin, voit le jour en 1573. Galealto Re di Norvegia paraît la même année. Il Re Torismondo en 1586- 1587. Il donne ensuite il Monte Oliveto (1588), poème sur la mort du Christ, dédié au cardinal Antonio Carrafa, protecteur de Tordre des Olivétains ; la généalogie di Casa Gon-^agu (1591) offerte à Vincent de Gonzague, prince de Alantoue; del Mondo Creato (i 592), poème en sept journées. N'oublions pasiV RogoAmo-

d'imagination et d'une tension intellectuelle constante sur les questions les plus diverses. Et quand j'aurai dit qu'à tous ces travaux vint s'adjoindre la charge de lecteur à l'Université de Ferrare où il fut nommé en 1572, on comprendra sans peine que sur une nature de complexion délicate comme celle de Tasse, déjà prédisposée à l'aliénation mentale, le labeur intellectuel ne put que hâter les atteintes d'un mal dont les attaques, bien qu'intermittentes, n'en firent pas moins le malheur de sa vie.

D'ailleurs, disons-le au début de cette étude, Torquato Tasso fut la victime de la légende. Des bruits absurdes coururent sur lui depuis que le bon Manso écrivit sa biographie avec une fantaisie déplorable pour la vérité. Manso, dans sa Vita di Torquato TassOj a défiguré le modèle qu'il avait eu pourtant sous les yeux. Il a cru respecter les faits et n'a que côtoyé l'histoire. Loin de tracer un portrait ressemblant de son héros, il Ta défiguré. C'est une telle inexactitude

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