‹ GoetheChapitre 10 sur 24 · WEIMAR. — L'ITALIE. LES POÈMES CLASSIQUES · texte numérisé non relu

WEIMAR. — L'ITALIE. LES POÈMES CLASSIQUES

Iphigénie en Tauride, le Tasse ^ Hermann et Dorothée.

Cependant Goethe s'ennuyait et se déplaisait à Francfort. Ses fonctions d'avocat ne l'occupaient guère et surtout ne l'intéressaient pas. Travailler comme un littérateur de profession, s'enfermer dans son cabinet pour écrire, rien n'était plus contraire à la nature de son génie poétique. 11 avait un grand besoin d'activité et il était obligé de le dépenser en plaisirs et en excentricités ; il voulait connaître le monde, et il était comme Faust : il se sentait emprisonné dans ce trou maudit, il aspirait à en sortir, à courir librement par le vaste univers, à mieux connaître les hommes et la nature. Quelques années plus tard, il écrivait à sa mère :

« Le contraste entre le cerclfe bourgeois où je vivais, étroit et lent, et les vastes desseins, la vivacité et l'agitation de mon être, m'auraient rendu fou. Malgré la force de mon inspiration, malgré le don que j'avais de deviner les choses humaines, je n'aurais cependant pas appris à connaître le monde, je serais resté dans une éternelle enfance, et la fatuité, avec les défauts qu'elle entraîne, m'aurait rendu insupportable à moi-même et aux autres. »

Une heureuse occasion s'ofïrit bientôt de sortir de

cette situation. Le duc Charles- Auguste de Weimar était passé par Francfort, au mois d'octobre 1775. Il avait vu Gœlhe et lui avait réitéré Tinvitation, qu'il lui avait déjà ftiite, de venir passer quelque temps auprès de luf. Gœlhe accepta, et le 7 novembre, il arrivait à Weimar.

La duchesse douairière, Anne-Amélie^ esprit cultivé, douée d'un goût éclairé pour les arts et les lettres, avait su entourer ses deux fils d'hommes de talent, dont le plus illustre était le poète Wieland. L'arrivée de Gœthe donnait plus d'éclat à cette cour littéraire ; il reçut de tout le monde un chaleureux accueil; Wieland s'exprime en véritables dithyrambes. D^ailleurs tous étaient jeunes; les doyens de cette brillante société étaient encore eux-mêmes loin de la vieillesse; Wieland avait quarantedeux ans, 'la duchesse Amélie trente-six ans à peine. Quant au duc régnant, il venait d'entrer dans sa dix-neuvième année. C'était, dans un corps trapu, une urne noble, mais non sans rudesse et même sans grossièreté. Agité, violent et turbulent, son duché était trop petit pour le besoin d'action qui le dévorait. Il avait en horreur toutes les petitesses de hi vie de cour, et ne pouvait supporter le joug de Tétiquelte. Ses mœurs étaient plutôt celles d'un étudiant que celles d'un prince. Gœthe fut loin de contrarier les goûts de son souverain. Il était arrivé à Weimar dans le fameux uniforme de Werther, prêt à toutes les excentricités. Ce fut pendant les premières années une vie d'ardents plaisirs et de folles extravagances. Le chef des génies originaux

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