QUATRIEME ÉPOQUE
Les rois de Grenade ,
Depuis le milieu du treizième siècle jusqu'à l'expulsion totale des Maures dans le dixscpticme.
-Les victoires des Espagnols , surtout la prise de Cordoue , avoient consterné les Maures. Ce peuple ardent et siiperôtirieux , aussi facile à se décourager qu'à s'enivrer d'espérances vaines , regardoit son empire comme détruit , depuis que la croix triomphante couronnoit le faite de la grande mosquée. Cependant SéviUe , Gienade , Miircie , le royaume des Algarves, étoient encore aux Mus'jhaans j ils possédoieht tous les Tome I, H
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ports, tous les rivages du midi de l'Espagne } leur étonnante population , leurs richesses, leur industrie y leur assuroient d'immenses ressources : mais Cordoue , la ville sainte , la rivale de la Mecque dans l'occident, Cordoue étoit au pouvoir des Chrétiens ; les Maures se croyoient:
sans états.
Un seul homme leur rendit l'espoir. Cet homme étoit Mahomet Abousaïd , de la tribu des Alhamars , originaire de Coufïa , ville célèbre sur la luer rouge. Plusieurs historiens , qui lui donnent le nom de Mihoraet Alhamar , assurent qu'il avoit commencé par être un simple berger ; qu'ensuite ayant porté les armes, il parvint jusqu'au trône par ses exploits. Ce fait ne seroit point extraordinaire chez les Arabes, où tous ceux qui ne descendoicnt pas de la famille du prophète ou de la rac«
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royale n'avoient aucun privilège de naissance et n'étoient estimés que ce qu'ils valoieiit.
Quoi qu'il en soit , Mahomet Aihamar , né avec un grand courage , ranima celui des Maures vaincus , rassembla quelques troupes dans la ville d'Arjone j et j counoissant le caractère de la nation qti'il vouloiS gouverner y il mit dans ses intérêts un santon j esjiecede religieux fort vénérés chez les Maures , qui vint lui prédire publiquement qu'il ne tarderoit pas à être roi. Le peuple aussitôt le proclame j plusieurs cités suivent cet exemple. Mahomet succède à Benhoud , dont il possédoit les talens } et , sentant de quelle importance il étoit de rendre aux Arabes une ville qui remplaçât Cordoue , qui devint le centre de lïurs iorces ^ le dernier asyle de leur reli-
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gion , il fonde un nouveau ïoyaume et choisit Grenade pour sa capitale.
Cette cité , rl^ tout temu» puis- «ante , et que l'on croit avoir été l'aiicieiiiKî ////ôe/-/^ des Romains, est bâtie sur deux <:o!iines , peu loip de !a Sierra nevada , chaîne de montagnes couvertes de neige. Elle est traversée par le D:>rro 5 leXénll baigne ses miuailles. Svr les son^iiets de ces deux col;i!)»?s* s'éieven! rl.'Mx forteresses , l'Alhayzin cA VAlhamhra, Elles étoient issc/ s'ivstes jioiir renfermer chacune quarante mille hommes. Les fugitifs de la ville d'Alhambra y ainsi que nous l'avons dit, avoieut donné le nom de leur patrie au nouveau quartier qu'ils vinrent peupler. Les Maures , chassés de Baeca lorsque Ferdinand III s'en rendit maître , étoient de même venus s'établir dans le quartier de l'AN
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bayzin. Grenade avoit recueilli phisi'^urs exilés de Valence , de Cordoue, des autres places désertées par les Miisuimans. Ainsi, diHqne jour agrandie, elle formoit dès-lors une ville de plus de trois lieues de circuit; et des remparts inexpugnables , défendus par nulle trente tours y par un peuple brave, nombreux , sembloient assurer son indépendance (a ).
D'autres avantages donnoient à Grenade la suprématie qu'elle prétendoit. Sa situation , la plus belle, la plus îiaiite de l'univers, ia rend inaîtresie d'un pays où la nature prodigue ses dons. Sa fameuse vega y c'est-à-dire la j)laine qui l'envi-
(a) Garibai, Cornpcnd. hisr. iib. XXXIX cap. 3 : Dupcrron, Voyage d'Espagne, tome r» page 157 et su'.v.: Henri Swluburne , lettres sur l'Espagne, lettre XX: Colmenar, Délicce. d'Espagne, tgmeV » page 31 ef suiv.
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ronne , est un bassin de trente lieues de tour sur huit à-peu-près de largeur : il est terminé vers le nord par les montagnes d'Elvire et la Sierra nevada j il est fermé des autres cùtés par un amphithéâtre de collines plantées d'oliviers , de mûriers , de vignes, de citronniers. L'intérieur de cette plaine est arrosé par cinq petits çfluves (a) et par une infinité de sources (|iii vont serpenter dans des prés toujours verds , des forêts de chênes y des bois d'orangers, des campagnes de bled , de lin , des vergers de cannes à sucre. Toutes ces productions si riches, si belles, si variées , ne demandent que peu de culture : la terre dans une continuelle végétation , n'y connolt point le repos de l'hiver j et, pendant les
(a) Le Oarro, le Xéiail , le Dilar , le Vagro , le Monachil'
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étés brûlans f des vents qui soufflent du côté des montagnes rafraîchissent l'air qu'on respire et raniment l'éclat des flfcurs qui viennent sans cesse à côté des fruits.
C'est dans cette plaine célébra qu'aucune description ne peut embellir, c'est dans cette campagne enchantée où la nature semble s'épuiser pour donner à l'homme tout ce qu'il peut souhaiter, c'est là qu'il s'est répandu plus de sang que dans aucun lieu du monde. Là , pendant deux siècles d'une guerre interminable qui se faisoit de peuple à peuple ) de ville à ville , d'homme à homme , on peut assurer qu'il n'est pas un seul coin de terre où les moissons n'aient été brûlées , les arbres coupés, les villages réduits en cendre , et les champs couverts de Maures ou de Cluétiens égorgés.
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Indépenflamment de celte vega , trésor inépuisable pour Grenade , quatorze jurandes cités , plus de cent petites villes (a) , un nombre prodigieux de bourgs , dépendoient de ce beau royaume. Son étendue depuis Gibraltar , qui ne fut pris par les Chrétiens que long - temps après , jusqu'à la ville de Lorca , étoit de plus de quatre -vingt lieues. lien avoit trente de largeur depuis Cambil jusqu'à la mer. Les montagnes dont il est entrecoupé proJ'iisoient de l'or j de l'argent j des grenats , des améthistes , toutes les espèces de marbre. Parmi ces .nontagnes , celles qu'on appelle les Alpuxares formoient seules une province , et fournissoient aux rois de Grenade des
(a) Elles sont nommées dans Garibai »