‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquise (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · livre XXXIX, cbap. a · texte numérisé non relu

livre XXXIX, cbap. a

SÛR I.ES MAURES. l4*

trésors plus précieux que les mines , des hommes actifs , laborieux , d'habiles cultivateurs , des soldats infatigables. Enfin les ports d'Almérie , de Malaga , d'Algéisiras , appeloieut les vaisseaux d'Europe et d'Afrique f et devenoient l'entrepôt du commerce des deux mers.

Tel étoit , dès sa naissance , le royaume de Grenade ; tel il subsista long-temps, Mahomet Alharaar,son fondateur , fit d'inutiles efforts pour réunir sous un même sceptre tout ce qui restoit encore aux Musulmans en Espagne j c'étoit le seul moyen de résister aux Chrétiens : mais le petit pays de Murcie , celui des Algarves, gouvei-nés par des princes particuliers , et la grande cité de Séville , refusèrent de reconnoiUe Alhamar , pour continuer à lormer des «tats indépendans. Ce fut la cause

j42 précis historique

de leur perte : ils devinrent la proie

des Espagnols,

Alhamar signala par des victoires les comraence«ens de son règne. Il remporta quelques avantages sur les troupes de Ferdinand : mais des révoltes à Grenade, des troubles élevés de toutes parts dans nin empire si nouveau , forcèrent Mahomet de signer une paix peu honorable avec le roi de Castille : il lui fît hommage de sa couronne , remit dans ses mains la forte place de Jaën , s'engagea de- lui payer un tribut , et de lui fournir des troupes auxiliaires dans les guerres qu'il entreprendroit.

A ces conditions Ferdinand le reconnut roi de Grenade y et l'aida même à soumettre les rebelles de «es états.

L'habile F«É-dinand ne laissoit en paix Grenade que pour tourner tout

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l'effort de ses armes contre Séville , qu'il desiroit depuis long-temps do conquérir. Cette importante ville n'a- Toit plus de rois ; elle formoit une espèce de république gouvernée par des magistrats guerriers. Sa positioa près de l'embouchure du Guadalquivir , son commerce , sa population , les délices de son climat , la fertilité de ses campagnes , la rendoient une des plus florissantes cités de l'Espagne. Ferdinand , qui prévoyoit une longue résistance , commença par s'emparer de toutes les places qui l'environnoient. Ensuite il vint mettre le siège devant Séville; et sa flotte , placée à l'embouchure du fleuve , ferma le chemin aux secours que pouvoit envoyer l'Afrique, Le siège fut long et meurtrier. Les Sévillans étoient nombreux et aguerris. Le roi des Algarves , leur allié , harceloit «ans cesse les assié-

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geans. Malgré la valeur extrême que montroient les Espagnols dans les assauts , malgré la f,imine qui commençoit à se faire sentir , la ville , après un an de siège , refusoit encore de se rendre , lorsque Ferdinand fit sommer le roi de Grenade de venir , selon leur traité, combattre sous ses drapeaux. Aîhamar fut forcé d'obéir :

il arriva suivi d'une brillante armée.

Séville perdit tout espoir , elle se rendit au roi de Castille ; et le monarque grenadin s'en retourna dans ses états avec la gloire humiliante d'avoir contribué par ses exploits à la perte de ses frères.

Ferdinand , plus pieux que politique , chassa les Maures de Séville.

Cent mille infortunés en sortirent pour aller se réfugier en Afrique ou dans les états de Grenade. Ce royaume devenoit alors l'unique et "dernier asyle des Musulmans espagnols.

Fn.i /< .< cil/ meta/ c/iuj< put.. u o/nii IIII.1 /.rrit^iM/.

gnols. Le petit pays des Algarves reçut bientôt le joug des Portugais j et Murcie , qui n'auroit pas dû se séparer de Grenade ) ne ferda pas à devenir la conquête des Castillans.

Tant que Ferdinand III vécut j rien n'altéra la bonne intelligence qui régnoit entre ce monarque et Mahomet Aiharaar. Celui-ci mit à profit ce temps de paix pour affermir sa couronne , pour se prémunir con« tre les Clirétiens, qu'il prévoyoit ne pouvoir rester ses amis. Il se trouvoit en état de faire une longue dé* fense : maître d'un pays d'une grande étendue ^ il possédoit des revenus considérables , qu'il seroit difficile d'apprécier , attendu la valeur peu connue des monnoies arabes et les différentes sources où puisoit le tré-, sor public. Toutes les terres ^ par exemple , payoient au souverain le septième de leurs productions çn Tome I, I

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tout genre ; les troupeaux étoient soumis à la même imposition. Des fermes nombreuses et magnifiques formoient le domaine royal ; et l'agriculture, poussée au dernier degré de perfection dans un pays si abondant , devoit porter cette espèce de revenus à une somme prodigieuse.

Ces richesses étoient augmentées par plusieurs droits que prélevoit lo souverain sur la vente , sur la marque , sur le passage de toute espèce de bétail. Une loi reiidoit le monarque héritier de tout Musulman mort sans enfans , et lui donnoit une parfc dans les autres héritages. Il possédoit , comme on l'a vu , des mines d'or , d'argent ^ de pierres précieuses ; et , quoique les Maures fussent pçu habiles dans l'art d'exploiter les mines , Grenade étoit cependant le pays de l'Europe où l'or et l'argent étoient le plus communs. Le com-

Sun tES HAVRES. lÊ^J

merce de ses belles soies , la Tarlété de ses autres productions , le voisinage des deux mers , l'actirité , l'industrie ) l'étonnante population èiQs Maures , leur profonde science dans l'agriculture , la sobriété naturelle aux habitans de l'Espagne , cette propriété des pays cliauds qui fait donner beaucoup à la terre et fait vivre de peu son possesseur , tant d'avantages réunis doivent nous donner une grande idée des ressources se de la puissance de cette singulier* nation (a).

Leurs forces , je ne dirai pas en temps de paix , car presque jamais ils ne furent en paix , étoient à-peuprès de cent mille hommes. Cette

Ca) Garibai, Compcnd.bJsr. lîb. XXXIX; eap. 4 ; Abi AbJaHa-bcr.-Alxahilbi Absancni, etc., MariUscric de l'Escurial ; Swlnèurne, Lettres sur l'Espagne , lettre XXII^

l48 PRÉCIS HISTORIQUE

armée dans un besoin pouvoit aisément se doubler. La seule ville de Grenade fournissoit cinquante mille guerriers. D'ailleurs tout Maure étoit soldat pour combattre les Espagnols.

La différence des cultes rendoit ces guerres sacrées ; et la haine des deux nations , presqu'également superstitieuses , armoit toujours des deux côtés jusqu'aux enfans et aux vieillards.

Indépendamment de ces troupes nombreuses y braves , mais mal disciplinées ) qui se rassembloient pour une campagne , s'en retournoient ensuite dans leurs foyers, et ne cdûtoient rien à l'état , le monarque en~ tretenoit un corps considérable d« cavaliers , dispersés sur les frontières > sur - tout du côté de Murcie et de Jaën , pays sans cesse exposés aux incursions des Espagnols. Chacun àe ces cavaliers Avoit une petite ha-

bltation , un petit cliamp , que le roi lui donnoi| pendant sa vie , et qui «ufâsoit à son entretien , à celui de sa faoïille et de son cheval. Cette manière de stipendier les soldats n'étoit point à charge au trésor public } elle les attachoit davantage à leur patrie et les intéressoit sur - tout à bien défendre leur patrimoine, toujours le premier ravagé s'ils n'arrêtoient pas l'ennemi. Dans un temps où l'art de la guerre n'exigeoit pas , comme de nos jours , d'exercer continuellement de grandes troupes rassemblées , cette cavalerie étoit excellente. Montés sur des chevaux andalous ou africains, dont le mérite est assez connu , composée de cavaliers accoutumés dès l'enfance à manier ces légers coursiers , à les soigner , à les chérir , à les regarder comme les compagnons de leur vie , 1 3

x5o PRÉCIS IIISTOKIÇVK

elle avoit acquis dès-lors cette supériorité que nous reconn|>is8on» encore à la cavalerie maure.

Ces redoutables escadrons ^ dont rien n'é-^aloit la vélocité, qui dans U même instant chargeoient en masse y se ronipoient par troupe , s'éparpilloient, se rallioient , liiyoient y revenoient en ligne ; ces cavaliers , dont la voix , dont le moindre geste , dont la pensée , pour ainsi dire , étoit entendue de leurs admirables cour* siers , et qui raraassoient au galop leur lance ou leur sabre tombés à terre ^ faisoient la principale fore»

des Maures. Leur infanterie ne va-* loit rien ; et leurs places , mal fortifiées , entourées seulement de murailles et de fossés , défendues par cette infanterie , peu estimée, ne pouvoient résister long-temps à celle des Espagnols , qui commençoit dèi-lors

SUR LES MAURES. ï5l

à devenir ce qu'elle fut depuis en Italie sous Gonzalve le grand capitaine.

Après la mort de saint Ferdinand , «Alphonse le Sage (i) , son fils , monta sur le trône. Le premier soin d'Alliamar fut d'aller lui même à Tolède g soivi d'une brillante cour , renouveler avec Alphonse le traité d'alliance j ou plutôt de dépendance , qui l'unissoit à Ferdinand. Le nouveau roi remit au Maure une partie du tribut auquel il s'étoit soumis. Mais cette paix ne fut pas de longue durée : les deux nations recommencèrent la guerre avec des avantages à peu près égaux. Je n'en rapporterai qu^une action qui fait autant d'honneur à l'humanité des Maures qu'au courage des Espagnols : c'est celle de Garcias Gomès , gouverneur de la ville de Xérès. Assiégé par les Grena 4ins , &a garnison presque détruite j

l5t PRÉCIS HISTOK.IQUE

il refusoit de se rendre ; et , debout sur le rempart , coi^ert de sang , hérissé de flèches , il soutenoit seul le choc des assaillans. Les Maures, d'un commun accord , convinrent de ne pas tuer ce héros : ils lui jetèrent des crochets de fer , l'enlevèrent vivant malgré lui , le traitereftt avec respect , firent guérir ses blessures , et le renvoyèrent avec des présens.

Alharaar ne put empêcher Alplionse de s'emparer du royaume de Morcie î et, pour obtenir la paix, il fut forcé de nouveau de se soumettre au tribut. Les divisions qui s'élevèrent bientôt entre le monarque castillan et quelques grands de son royaume, donnèrent au Grenadin l'es»

poir de réparer ses pertes. Le frère d'Alphonse et plusieurs seigneurs des premières maisons de Castille (a) ,

( a ) Les Lara , les Haro , les Mendoce , etc*

SUR r,ES MAUîlKS, l53

mécontens de leur souverain, se reti" rerptit à Grpiiade, et serrirent utilement Alhaniar contre deux rebelles Ae ses états, protégés par les Espagnols. Mais Alhamar mourut alors, laissant le trône qu'il avoit acquis et conservé par ses talens , à son fils Makoniet II et Fakih.

Ce nouvcaxi roi , qui prit le titre èî'Eniir al mumenîm , marclia sur les traces de son père. Il profita de la discorde qui régnoit à la cour de Castille, et des inutiles voyages qu'entreprit Alphonse le Sage, dans l'espoir de se faire élire empereur (2).

Mahomet ^ pendant son absence , fit «ne ligue offensive avec le roi de Maroc Jacob , de la race des Mérinis y vainqueurs et successeurs des Almoliades. Il lui céda les deux fortes places de Tariffe et d'Algéziras pour l'engager à passer en Espagne. Jacob I 5

î 54 PRÉCIS H I 3 T O E I Q U K y vint en effet , suivi d'une arméei Les deux Pvlaures , agissant de concert , remportèrent quelques avantages : mais la criminelle révolte d« l'infant de Castilie Sanclie contre «on père Alphonse le Sage , désunit bientôt les monarqiies musulmans.

Le roi de Grenade Mahomet prit 1« parti du fils rebelle. Alphonse , abandonné de ses sujets, implora le secours du roi de Maroc. Jacob repassa la mer avec ses troupes : il vit Alphonse à Zahra. Bans cette célèbre entrevue , l'infortuné Castillan voulut céder la place d'honneur à celui qui venoit le défendre. Elle vous appartient , lui dit Jacob , tant que vous serez malheureux. Je viens venger la cause des pères ; je viens vous aider à punir un ingrat qui reçut de vous la vie et veut vous citer la couronne. Quand j'aurai rempli c«

8UE. XES MAVRES. i55

devoir , quand vous serez heureux et puissant , je vous disputerai tout et redeviendrai votre ennemi.

Alphonse ne fut pas assjez grand pour se fier au monarque qui lui tenoit ce noble langage ; il s'échappa de son camp. Bientôt après il mourut, en déshéritant le coupable Sanche , qui n'en régna pas moins après lui (3). De nouveaux troubles agitèrent la Castille , et Mahomet saisit cet instant pour entrer dans l'Andalousie. Il gagna des batailles , s'em.. para de quelques places , et termina par des victoires un règne long et glorieux. Son fils Mahomet IH lui succéda..

Ce Mahomet Emir al mumcnim ^ dont je viens de rapporter les principales actions politiques, fut un prince ami des beaux arts : il les attiroit à sa cpur } que iee poètes ^ les philol 6

i56pivécis historique sophes f les astronomes , rendirent célèbre. Les Maures étoient encore si supérieurs aux Espagnols pour les Sciences , qu'Alphonse le Sage , roi de Castille , dont nous avons des tables astronomiques nommées les tables alpJiQnsLnes , appela près de lui des savans arabes pour l'aider à les rédiger. Grenade commençoit à remplacer Cordoue. L'architecture sur~ tout y faisoit de grands progrès. Ce fut sous le règne de Mahomet II que l'on commença ce fameux palais de l'Alhambra , qui subsiste encore fn grande partie ^ étonne les voyageurs que son nom seul attire à Grenade ^ et nous prouve jusqu'à quel point les Maures avoient su porter cet art ^ si peu connu des Européens , d'accorder toujours la magnificence avec les recherches de la volupté. On xne pardonnera peut - être quelques

détails sur ce singulier monument ; jls feront connoître les mœurs , les usages particuliers des Maures.

L'Alhambra , comme je l'ai dit , étoit une vaste forteresse construite sur une des deux collines renfermées dans Grenade. La colline y embrassée de tous côtés par les eaux du XéniJ.

et du Darro , étoit encore défendue par une double enceinte de murs.

C'est au sommet de cette montagne y qui domine toute la ville , et d'où l'on découvre au loin la plus belle vue de l'univers y c'est au milieu d'une esplanade couverte d'arbres et ^e fontaines , que Mahomet choisit la place de soa palais.

Rien de ce que nous connoissons en architecture ne peut nous représenter celle des Maures. Ils entassoient les bâtimens sans ordre ) sans symmétrie , sans faire aucune attention à l'aspect qu'ils offroient

j5S PUSCrS TÎI STORT Q TTE

au dehors : tous leurs soins étoient pour l'intérieur. Là , ils épuisoient le ressources du goût , de la magnificence ) pour réunir dans leurs appartemens les commodités du luxe aux charmes de la nature champêtre : là j dans des salons revêtus de marbre f pavés d'une faïence brillante y auprès des lits de repos couverts d'étoffes d'or et d'argent , des j'jts d'eau s'élancoient vers la voûte , des rases précieux exhaloient des patfums ; et des myrtes , des orangers p des fleurs } embaumoieiit les apparlemens.

Le beau palais de l'Alhambra, que l'on voit encore à Grenade ) ne présente point de façade. On y parvient par une promenade charmante, coupée sans cesse par des ruisseaux qui serpentent dans des bouquets de bois. L'entrée est une grande tour t^uarrée qui s'^ppeloit autrefois /a

s tr R ï, E s M A TT R E s; i 5<) porte du jugement. Une inscription religieuse annonce que c'étoit-là que le roi rendoit la justicfi , selon l'antique usage des Hétreux et des peuples da l'orient. Plusieurs bàtimens qui renoient ensuite ont été détruits pour élever à Charles-Quint un magnifique palais , dont la description n'est pas de mon sujet. On pénètre ^ du côté du nord , dans l'ancien palais des rois maures , et l'on se croit transporté dans le pays des féeries.

La première cour est un quarré long environné d'une galerie en arcades y dont les murs et le plafond sont couverts de mosaïque , de festons , d'arabesques peints , dorés , ciselés en stuc , d'un travail admirable. Tous les cîytouches sont remplis de passages de l'Alcoran , ou d'inscriptions telles que celle-ci , qui suffira pour donner une idé« du style figuré des Mauresi

l60 PRÉCIS HISTORIQUE

<cO JMazar, tu naquis sur l*s » trône, et , semblable à l'étoile qui î) nous annonce le jour , t« ne brilles 3> que de ton propre éclat. Ton bras j> est notre rempart , ta justice notre » lumière. Tu sais dompter par ta va* 35 leur ceux qui dotinent à Dieu des j) compagnons. Tu rends heureux « par ta bonté les nombreux enfans » de ton peuple. Les astres du fir- « marnent t'éclairent avec respect j » le soleil avec amour ; et le cèdre ) 33 roi des forêts , qui baisse devant 33 toi sa tête orgueilleuse , est relevé » par ta main puissante 3».

Au milieu de cette cour , pavée de marbre blanc y est un long bassiu rempli d'eau courante ^ assez pro* fond pour qu'on puisse y nager. Il est bordé de chaque côté par des plates. bandes de fleurs et des allées d'orangers. Ce lieu s'appeloit./e ^/t?»

SUR LES* MAURES. i6a

suar , et servoit de bains communs aux personnes attachées au service du palais.

On passe de là dans la cour célèbre appelée des lions. Elle a cent pieds de long sur cinquante de large.

Une colonade de marbre blanc soutient la galerie qui règne alentour.

Les colonnes j placées deux à deux , et quelquefois trois à trois , sont minces , d'un goût bizarre \ mais leur légèreté, leur grâce, plaisent à l'œil étonné. Les ïnurs , et sur-tout le plafond de la galerie tournante y sont revêtus d'or , d'azur et de stuc traTaillés en arabesques avec un soin , une délicatesse que nos plus habiles ouvriers modernes seroient embarrassés d'imiter. Au milieu des fleurons , des orneraens toujours va^ riés , on lit ces passages de l'Alcoran , que tout bon Musulman doit répéter sans cesse : Dieu est grand, — Dieu

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seul est vainqueur. — // n^est de Dieu que Dieu. -- Gaieté céleste y r.panchemens du cœur , délices de l'ame, à ceux qui croient! Aux deux extrémités du quarré long , deux cliarraantes coupoles y de quinze à seize pieds en tout sens, s'avancent en saillie dans l'intérieur, soutenues comme tout le reste , par des co- •onnes de marbre. Sous ces coupoles sont des jets dVau. Enfin , dans le centre de l'édifice , s'élève du milieu d'un raste bassin une superbe coupe d'albâtre de six pieds de diamètre , portée par douze lions de marbre blanc. Cette coupe , que l'on croit av^oir été faite sur le modèle de la mer de bronze du temple de Salomon , est encore surmontée d'une coTipe plus petite , d'où s'élançoit «ne grande gerbe qui , retombant d'une cuve dans l'autre et des cuves d&ns le grand bassin y formoit une

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cascade continuelle y grossie par les Ilots d'eau limpide que jeloient les mufles de chaque lion.

Cette fontaine , comme tout le r^ste , «st ornée d'inscriptions j car les Arabes se plaisoient à mêler la poésie et la sculpture. Leurs idées nous semblent reclierchécs , leurs expressions gigantesques ; mais nous sommes si loin de leurs moeurs , nous coimoissons si peu le génie de leur langue , que nous n^avons peutêtre pas le droit de les juger sévèrement. D'ailleurs les vers que l'on faisoit en Espagne et en France dans les treizième et quatorzième siècles ne valoient guère mieux que ceux-ci gravés sur la fontaine des lions :

Toi qui promenés les rcgarjs ur CCS lions, ces eaux, ces prodiges des arts , Du grand roi Mahomet tu vois ici l'outrage. ta paix qui rcgne dans ces lieux

iD4 PRECIS HISÏOK.IQVE De la paix de son cœur est la fidclle Image : Semblable i ces lions daiis les champs du cuT nage.

Il punit les audacieux ;

Et comme cette eau tran3{>arcnte Qui , s'élevant dans l'air , retomi»e i grès bouillons,

De même sa main bienfaisante

Sut son peuple répand ses dons (a).

Je ne décrirai point avec autant Ae détails les autres pièces qui subsistent encore dans l'Alhambra. Les unes servoient de salles d'audienc*; ou de justice ; les autres renfermoient les bains dn roi , de la reine ^ de leurs enfans. On y voit encore leur chambre à coucher, où les Hts ,

(a) Traduction littérale. O toi qui examines ces lions , considère qu'il ne leur manque que la vie. O Mahomet , notre roi , que Dieu te sauve pour l'œuvre nouvelle que tu as faite pour m'cmbelllr ! Ton ame est ornée des vertus les plus aimables. Ge lieu charmant est Tîfnage de tes belles qualités. Notre roi

SUR LES M Air P. ES. l65

près d'une fontaine , étoient placés dans des alcôves , sur une estrade de faïance. Dans le salon de musique , quatre tribunes exhaussées étoient remplies par les musiciens , tandis que toute la cour étoit assise sur des tapis , au bord d'un bassin d'albâtre.

Dans le cabinet où la reine faisoit sa toilette ou ses prières ; et dont la vue est enchantée, on trouve une dalle de marbre , percée d'une infinité d'ouvertures pour laisser exhaler les parfums qui brAloient sans cesse sous la voûte. Par - tout les fenêtres , les portes , les jours sont ménagés de manière que les aspects les plus

dans les combats est terrible comme ces lions. Rien ne peut être comparé à l'eau limpide qui jaillit de mon sein et s'élance à gros bouillons dans les airs , que la maîn libérale de Mahomet.

(Duperron, Voyage d'Espagne , tome premier, page 195,)

l66 PRÉCIS HISTOMQVJB

rians ) les effets de lumière les plus • doux , reposent toujours les yeux satisfaits j et les courans d'air qu'on a dirigés viennent renouveler à chaque instant la délicieuse fraîcheur qu'on raspire dans cet édifice.

En sortant de l'Alhambra , l'on distingue sur une montagne le fameux jardin du Généralif^ dont le nom veut dire la maison d'amour.

Dans ce jardin l'on voyoit un palais où les rois de Grenade venoient passer le printemps. Il étoit bâti dans la incme genre que l'Alhambra ; la.

même magnificence s'y remarquoit.

Il est détruit aujourd'hui : mais ce qu'on ue peut se lasser d'admirer encore dans le Généralif j c'est sa situation pittoresque, ce sont ses points de vue variés et toujours charmans. Les fontaines, les jets d'eau, les cascades, jaillissent, tombent d* toutes parts. Les terrasses «n am-

SUR XES MAURES. 167

pliitéâtre , pa*ées de débris de mosaïque , sont ombragées de cyprès immenses , de vieux myrtes , qui ont prêté leurs ombres aux rois , aux reines de Grenade. De leur temps ^ des bosquets fleuris , des forêts d'arbres fruitiers s'entremêloient aux bocages sombres , aux dômes , aux pavillons : aujourd'hui le Généralif n'a conservé que ce qu'on n'a pu lui ravir ; et c'est encore le lieu de la terre qui parle le plus aux yeux et au coeur (a).

Il est triste de quitter l'Alhambra, le Généralif, pour revenir aux ravages , aux incursions , aux sanglantes querelles des Maures et des Castillans. Mahomet III , dit \' Aveugle à;

(a) Coîmenar , Délices d'Espagne, tome V ; Henri Swinburne , Lettres sur l'Espagne, lettre XXIII ; Duperron, yovagçd'Es-

p»SQe , tome pi;eioief , etc.

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cause de sa cécité eut à combattre à la fois ses propres sujets et les Espagnols. Forcé par son infirmité de choisir un premier ministre , il donna cette importante place à Farady , l'époux de sa sœur, homme d'état , capitaine habile, qni continua sans désavantage la guerre contre les Chrétiens, et fit avec eux une pnix honorable. Des courtisans irrités de La gloire , sur-tout du bonheur du favori , conspirèrent contre le maître :

ils excitèrent des révoltes ; et pour comble de calamités, le roi de Castille Ferdinand IV , surnommé l'Ajourné (4) s'unit avec le roi d'Aragon pour attaquer les Grenadins.

Gibraltar fut pris par le Castillan ; le vainqueur en chassa les Maure», Parmi les infortunés qui sortoient de cette ville ,-urj vieillard apperçiit Ferdinand ; et s'approchant de lui , courbé sur son bâton r

Rdi

SUR I-ES MAURES. l6o

Roi (le Castille , lui dit -il, que t'ai-je fait à toi et aux tiens? Toa bisaïeul Ferdinand m'a chassé de Séville rua patrie. J'allai cliercher un asyle à Xérès , ton aïeul Alphonse m'en fit sortir. Pietiré àans les murs de Tariffe (5), ton père Sanche m'en exila. Enfin j'étois venu chercher un tombeau à l'extrémité de l'Espagne , sur le rivage de Gibraltar , et ta fureur m'y poursuit encore. Indique - moi donc un lieu sur la terre où je puisse mourir loin des Espagnols.

Passe la mer, répondit Ferdinand.

Et il le fit conduire en Afrique.

Vaincu par les Aragonois , pressé par les Castillans, redoutant tout de son peuple que les grands de sa cour soulevoient , le Roi de Grenade et Farady son ministre furent forcés à tine paix honteuse. L'orage aussi-tôt éclata. Mahomet Abenazar, frère d©

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