LIVRE VIII
Toeux sont enfin exaucés ! Quand ce barl>are immola mon gemdre , ma seule prière au Seif^iii^^^t q[u'il le ^yràt dans tes mains. Ce l>ieu tout puissant ma donc entendue ! O ma fille, réjouis -toi, la mort d'Alphonse sera veojgée !
Le soi Ferdinand, qui Fécoute, partage son transport maternel. 11 détache sa terrible épée, la même qui , dans les mains du Gid , yengea sa patrie et son père , conquit çt Ghimène et Valence, et que les souyerains d'Aragon re- ^rdaient comme un précieux trésor (i).
O toi ,dit41 à Gonzalye , toi qui ressembles si bien à Rodrigue , reçois le glaiye de ce héros. Il ne m'appartient que par ma couronne, il est bien plus à toi par ta yaleuri Que ce fer punisse le meujrtrier d* Alphonse, qu'il fasse triompher l'Espagne, et qu'il reste à jamais aux mains les plus dignes de le porter !
Tous les che& de l'armée applaudissent; tous enyironnent le héros, célèbrent déjà sa yictoire , annoncent la chute de Grenade dès que son défenseur ne sera plus ; et , se liyrant J arance k la joie de yoir triompher leur riyal
(i) Cette épée s'appelait TicoDa ; elle est célèbre dans rhlttoire du Cid.
. llo GONZALYE BE CORDOUE.
de f^oke , ik pronvent que les ccams §éaéreiix aèrent Admirer sans être jaloux.
.Gonsalye interdit , accablé , pmit k peine repôridie»à la reine , à Ferdinand , ii aes compa^noBi* Sa bonciie s'ouvre ceat §mb poar déclarer hautement que Zuléma sanya aef fOUrs; que les plus. doux, <les plus loits tiens rattachent à cette princesse , que «on frère est aaoré pour lui ; mais rhontueur , loséyvve honneur , cette fldole des^aades âmes^rhoaneur qni compte pour rienies peines des^cœurs sensibles, impose silence au héros. Peut-il refaser un déd-? Peut-il trôner le Teeu de ses rois , 1 attente de tonte l'armée, et sacrifier à l'amour son derolr , son pajs , «a ^ire ? En proie à ces combats déohirans , il échappe à la loole qui Je presse , et se retire suivi de Lara.
€ est aliorsque^ se précipitant dans les bras de cet ami fidèle, il baigne de pleurs son visage; il lui répète mille fois le serment fait k son amante de respecter toujours Almanxor. 11 lui présente l'obstacle invincible que sa victoire doit apporter à son h^rmen avec la princesse, la douleur, la rage de Molei-Hassem', la menace de Zuléma d'éteindre à jamais son amour pour lui, s'il versait le sang de son frère. £Ue cessera de m'aimer , s'éorfe-t-4l avec desespoir. Ami , non , tu ne peuxcompreadrei
LIYBE VIII. i8s
«Ma ) itt me ftiOM concevoir le mallieur , l'hor* ribjb malheur de B*étre pins aimé de Zuléma. Je puis supporter fMi absence , je puis souffrir toDtef les peines , tous les tourmtns de la jahHi4ie; je puis traîner mk triste eiistcnce en attendant un ii^le entier le bonheur de la •▼ojur un mom^ti v^VA m^mfo^v à la loi prônée , mais fiMce couler ses larmes , inais attirer sur moi sa haine , ]^and Dieu ! la haine de Zuléma* . ^ • . J^ou , mon ami» j'aime' mieux jEtOWrir p j'aime mi^ux perdre m^ ya^j^e gloire , j'iUifie mieuf que tu m'immoles toi-même AT^t d'avoir commis un crime affreux.
Lara 1 écoute en «ilence : il n'a p^s besoin de lui rappeler ce qu'il doit à sa pajuûe ; les plcçrs que yer«e Qonxalye . prpuyçnt assez qu'il s'en souvient. Lara Iq^ serre contre son. coçur , et , craignant le refus qu'il prévoit , il propose d'une voix timide de combattre à I4 place de son ami. Le héros repou^sç cette oiDre : elle humilie son courage , elle alarpie son amitié. Le péril est grand avec Almanzor» Gonzalve ne peut le céder : Gonzalve exposerait la vie du mortel qu'il chérit le plus! Cette seule idée le fait frissonner. 11 défend avec force à Lara de le presser davantage ; il se reproche d'en avoir trpp dit , et /résolu de remplir son devoir, il se décidp à déployer toute
Oonsalv*. a. iG
i8t GONZALYE DE GORDOUE.
sa force , tonte ton adresse , pour préterfter
ses propres jours sans attaquer ceux de son
ennemi.
Tandis qu'il ose concevoir cette chimérique espérance , la nuit qui s*ayance avec les étoiles engage enfin les deux amis à prendre ensemble un léger sommeil. Tout à coup ils sont * i-éyeillés par un des soldats qui gardent les l^ortes.
Grand capitaine , dit-il k Gonzalye , venez entendre un de ces troubadours qui ront errans par toute TEspagne , cbantant les exploits des héros , les peines des amans fidèles. Seul , audelà des retranchemens , ""il demande à vous entretenir.
A ces mots , Tamoureux Gotizalve , qui pense que tout l%nîvers doit lui parler de Zuléma , se lève précipitamment , exige de/son ami de ne pas l'accompaguer , et se rend aux portes avec le soldat.
A peine est-il sur le haut du rempart , qu'il découvre de loin le troubadour enveloppé d'un large manteau , debout sur le bord da fossé , chantant ces douces j^aroles aux sentinelles attentives :
SotDAT qui gardes ces eréneaux, Appaj^é sur u longue lanoe|