‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 106 sur 135 · LIVRE Vlir. tgi · texte numérisé non relu

LIVRE Vlir. tgi

lès premiers rayons du jour , avait demandé ses armes. Encore faible de sa blessure , mais soutenu par sa vertu , par son amour pour sa patrie , il croit avoir toutes ses forces ,. et ne s*est jamais senti plus d*ardeur. Il reyét sa brillante cuirasse , qu'il couvre d'une cotte de mailles impénétrable au fer le plus aigu. Il ceint sa tête d'un turban doublé de trois lames d'acier ; il l'affermit et l'attache par une cliaine d'airain. Un manteau de poui'pre lui descend jusqu'à la ceinture, où pend, à de longs anneaux d'or, un cimeterre trempé dans Damas. Il prend sa lance , son bouclier , et , prêt à sortir de sa tente , il fléchit un genou devant l'Éternel.

Dieu de la victoire et de la justice! Hit-i) en élevant la voix, Dieu qui sondes les cœur» des humains , tu sais quel espoir m'anime ; tu sais que c'est pour ta- loi sainte , pour ton culte qu'on veut détruire, pour mon pajs qu'on veut asservir , que je vais combattre aujourd'hui le plus redouté des guerriers. Fais que ma force égale mon courage; rends ton soldat digne de ta cause, et soutiens-moi de ton bras puissant. Si mon heure est arrivée, si mes destins sont achevés , Dieu de bonté , prends soin de mon épouse ; veille sur elle du haut de ton trône, empêche-la de succombe/

igs . GONZALYE DE GORDOUE.

k sa douleur. O Allali ! je ne me plaindrai

point de mourir si Moralme peut me sarriyre.

Après ces mots, prononcés en répandant quelques larmes, le héros se lèye d'un air auguste , marche à pas précipités yen le coursier écumant que quatre esclaves ont amiené. Il s'élance sur lui , frappe son houclier , et s'avance d'un pas tranquille vers le lien marqué pour ce grand comhat.

L'armée des Maures, sous la conduite de Boahdil, de Mulei-Hassem , d'Alamar , ne tarde pas à le suivre. £lle étend dans la plaine ses escadrons. Le vieux Mulei , couvert de ses armes , monté sur un jeune coursier , vient embrasser son généreux fib. Il ne peut loi' parler , mais leurs cœurs j*eaten(Jlent. Le vénérable vieillard s'éloigne pour lui dérober ^s pleurs ï et le grand Almanzor , au milieu de la lice , attend d'un air fier et calme l'ennemi qu'il a défié.

Les Espagnols presque aussitôt sortent par troupes de leur ville. Ferdinand , qui vole à leur tête , dispose lui-même leurs bataillons. Il forme un front égal k celui des Maures , partage sa cavalerie aux deux ailes , sous lif ordres d'Aguilar et de Médina; confiant le centre à Nugnez, il se place, avec les chevaUers de Calatrava , en face du roi Boabdil,

hlVKE VHI. fiQi

Uabelle, du haut des remparts , aoime ses. I^uerriers par sa présence : Ton b attend plus que Gonzalve pour donner le dernier signal. , L*înquiet Lara , qui le cherche et qui n'ose le demander, Lara, parcourant les remparts , Toit les deux arm^e^ en présence. Il «distingue au milieu d elW Almanzor seul , dans le si^ lence , attendant f t cherchant des jeux son ennemi si tardif. Bientôt il entend appeler Gonzalve , et personne ne répond à ce nom. Les Maures jettei^ des cris insultans. Les Ks« pagnols s étonnent , n^i^rmuraiit. Les rois , les chefs , les soldats , se plaignent à haute voix : bientôt les deux peuples de concert accusent également Gonzalve.

Lara désolé frémit de colère t on ose ou* trager son ami. Lara n écoute plus, rien : il court y yole vers sa retraite, où le héros a laissé fte9«nnes i i{ les tevét précipitamment; il prend cf fameux bouclier où te distingue Timmortel phénix; il monte I9 coursier de Gonzalve , buisse «a visière , aort k toute bride , et parait devant Almanzor.

A cette vue , à l'aspect du phénix, les Castillani pouasent des cris de joie ; les Haures gardent le ailenca. Almanzor s'apprête : les trompettes sonnent.

Tels que deux aigles furieux, partis du

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r^$ èONZALYE DE CORDOUE.

nord et du midi , fendent Tair d*une aile ra-* pide, et tombent en se rencontrant, tels ks deux héros élancés se joignent au milieu de la carrière , et ce choc abat leurs coursiers. Debout aussitôt , le glaire II la main , ils §c rapprochent et se frappent. I^e fer est coupé par Tacier, le feu jaillit de leurs armures. Le Maure , plus grand , plus adroit , précipite ses coups terribles ; l'Espagnol , plus £>rt , mieux armé , se courre et ménage les siens. Tous deux\ sans perdre de terrain , s'agitant à la même place , cherchent le défiiut de leurs armes , menacent le flanc , atteignent le casque , parent, attaquent , arancent, se replient dans un instant. Toujours s*opposant le bon* clier , toujours pénétrant leurs mutnels desseins , ils les trompent , ils lesprérienneut ; mais aucun d eux ne peut profiter même do mourement qn*il a préru. L*œil a peine à snirre leurs glaires , qui selérent , se baisaent , roltigent , se croisent sonrent au Heu dt frapper. Le sang ne coule point encore , la rictoire demeure incertaine , la seule fiitignc pourra la fixer.

Enfin l'impatient Almanzor, qui consent à Inourirpourru qu'il triomphe, jette le premier son bouclier, recule trois pas , saisit à deux Inains son redoutable cin^Merre; et, reyenanl

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i la foudre , fraj^e son ennemi troublé. Le fer partage Técu de Lara , il coupe encore ta cuirasse ; et la pointe , ourrant sa poitrine, lui fait une large blessure d où le sang jaillit aussitôt : Lara tombe un genou en terre ; le Mante plein d*espoir veut redoubler; mais l'Espagnol saisit l'instant où le mouvement de ses bras relève sa cotte de mailles , il lui porte à Taine un coup trop certain , et laisse §on fer tout entier dans les entrailles du héros.

Almanzor frappé n'en frappe pas moins.

Lara , blessé de nouveau , tombe en palpitaut smr le sable. Le prince de Grenade , vainqueur, reste debout quelques momens : bientôt il chancelle, il succombe, et va mesurer la terre auprès de Lara , baigné dans son sang. Tous deux se soulèvent encore; tous deux d^une main dé£ullante cherobetat en vain sur la poussière le glaive qui leur est échappé , lorsqu'un guerrier chrétien parait dans la plaine en pousf ant des cris mêlés de sanglots.. Il s'agite , il vole , il déchire les flancs de son coursier pou> dreux; il invoque les noms de l'honneur, de la justice , de l'amitié.

Les Gastillani , à 89on écn de gueules , pensen t reconnaître le brave Lara; les Maures croient roir un traître qui vient immoler Almanzor. lift ft'avancept aussitôt vers lui ; les Espagnols

<g9 OONZALVB 0» OOADOUE.

courent i sa siiiM. Les deux mnéest ft'tt|ppio« clieot, s'attaquent avec fiirenr e on m »èle,lei arme* te heiirteot -, h tu^ ruitseile , les ^Berrters tombent , la phuae se courre de morts.

Goncalfe ^ c'était lainnéme qui , libre enfia des Bétiébètes, ii*avait trouyé d'antres amei que criles de Son ami ; Gonzalre TOle à LaM , s'élance k tette , le relève , sent encore palpiter son cœur, et k confie anx Castillans ponr le pt>rter à Santa-Fi. De là , centrant Ters Almaaxor, que les Alabex seconvaient en rain , il pousse des erîs domloncenz en le irojant priré de la tie. Il arrêts les Aragonais prêts à se jeter sur les morts; il défend Ini-aséme contre les siens le corps du héros , e^jfet ^ ses pleurs, protège , assnre la retraite des Alabes qui l 'emportent sur kflirs bonoUers ; et dès qu'il les Toit éloignés y tl saisit alors le premier coursier, tire fépée du €td , et, se préetpilant dans la méiéé , égaré par son désespoir, par son amour . *par sa ooUre , il oktrolie le» périls d un osil avide , »y jette pont y saaeonber, «ttaque, enfonce, renverse les plus épais bataiUoos^ retourne au milieu des lances* inonde la terte de sang , demande la mort, la défie , l'iaplors et la brave à la fi>is.

Ferdinand , Goctex ^ Agoâar , se aurp^tfsea t dans ce grand jonr| »asa hmm c^oita ne wùUX

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mififâ auprès de ceux de Gonzalye. .P)u8 prompt, plW «edooié qja^ le toiiaerte» U parcourt Tar* m^e e«|Mmie ^ seoMuat le trépa» «t la pear : il îaimole » disiî^e , déimt tout ^ qui teute de l'ati^ter, s'ouTte partqut un la^ chemin où •es yktiases tombent entassées , et pi;es8a son conrsièr fatigué , qui pettt k peine Gauchir tant d'armutes et tant de cadayres.

Au milieu.du carnage afireux , du tumulte , des cris > des âiyards , le héros apci^ÇOÎt Ulule! , attaqué par quatre Espagnols ^ défendanv ^«\ re^te du vie , et prononçant avec des sanglots le nom du ^ qu'il a perdu. Cette déplorable rue redouble les maux de GonzalYC : il s'élance p yole àxïe& barbaras , et les a bientôt dispersés ; il d<mne son coursier au yiaiilard , se range à ses edtés, le couyre de sou corps » le guide à trayevs la m^lée» lai montre de loin Grenade, et lui en ouyreie chemio.

Gomme il s'occupait de ce soin , Alamar, le terrible Alamar , qui yient d'égorger Vélajsco , -Zttuiga, Manrèxe, Glrou; Alamar, couyertde f ang, se présente deyant Gonzalye. Tous deux «'arrêtent en se rencontrant : ils ne se yirent jamais , mais ils se reconnaissent à leur haine. Gonzalye est h pied » rA£*icain féroce dirige aur lui son coursier. L'Espagnol l'éyite au pas* •*6®» et, d'un reyers, coupe les jarrets de l'im-

■99 aonzAlTB PC GORDOU& pétoeux animal. Alamar tombe , GonzalTC le frappe ; la peau de serpent résiste à ses coups. Le héros surpris saisit Alamar, le serre , l'entrelace de tons ses membres , lutte , roule arec lui sur le sable; et, l'oppressant du ^id§ de son corps, il se prépare à l'étouffer, lorsque les Zégris et les Africains arriFent de toutes parts , et se réunissent contre Gonxalye. Gonmalye debout quitte sa victime , et seul résiste Il leur troupe. Appujré contre un monceau de morts , courert de son bouclier criblé , le pied posé sur quatre Africains qui meurent en mordant la poussière , la tête haute , le bras leré , montrant sa foudro jantè épée , il les insulte , les mienace , et donne le temps au roi Ferdinand d^rriver avec ses cbeysliers. Les Maures aussitôt prennent la fuite ; Alamar est entraîné dans leurs escadrons. Hs se hâtent, ils se précipitent ; ils passent à travers leur camp, qu'ils n*ont plus l'espoir de défendre , et , laissant à leurs ennemis leurs tentes , leurs richesses , leurs vivres , ils vont se réfugier dans leurs murs.

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