‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 109 sur 135 · LIVRE IX. 4g · texte numérisé non relu

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mens ; on eût dit que le même coup Tenait de lc9 immoler tous deux.

Enfin , après plusieurs heures ^ Moralme rouvre la paupière ; ce n'est pas pour verser des pleurs. Entourée de ses esclaves, de ses femmes, de ses amies, qui pansent ses douloureuses plaies , elle souffre en silence leurs soins , se laisse froidement presser dans leurs bras , répond seulement par de faibles signes aux tendres paroles qu'on lui adresse, semble se recueillir en elle-même pour se résigner à son sort , et demande d'une voix calme qu'on lui laisse voir son époux.

C'est vainement qu on la supplie de renoor cer à ce triste désir » de ne pas rendre plus cruels les maux dont elle souffire as^ez ; elle peiv siste avec douceur, elle commande avec prière', et marche d'un pas assuré vers l'asile ou, sur nn lit de pourpre, est déposé le corps du héros.

Mpraime t'arrête devant lui , le regarde long-temps d'un œil fixe, sans prononcer une parole, sans laisser échapper un soupir. Sef esclaves , épouvantées de cet horrible silence , se hâtent d'éloigner les armes dont elle pouvait s'emparer. Moraime s'en aperçoit , et leur adresse un sourire amer. Elle s'approche de son époux , lui prend la main , qu'elle

Coi^zalve. a, l8

9to5 GO^ZÂLVE DE CORDOUE.

baiie , en tire un saphir çnchAsié qa*Almanzor ne quittait jamais. Maîtresse de cettt bague , elle reporte des jeux plus sereins sur le visage du héros , s'incline deux fois derant lui, pose ses lèvres sur ses lèvres pâles, demeure long -temps à les presser : ensuite, §€ retirant à pas lents , elle se retourne , le r^ garde encore, lui fait de la tête un signe -d'adieu, semble lui dire d'un air doux que cet adieu ne sera pas long, et regagne son appartement.

Elle s'j renferme seule, elle j demeure plusieurs heures. Ses esclaves inquiètes n'osent d'abord y pénétrer ; enfin elles brisent les portes, et trouvent Moraime glmeée, en proie aux horreurs du trépas. Tous les secours sont inutiles ; elle expire , elle n*est dé)k plus. La bague d'Almanzor a fourni le poison, que ce héros portait toujours, dans la crainte de Boabdil.

Ce nouveau malheur ne peut augmenter la désolation de Grenade. Le roi, le peuple, consternés , profitent de la trêve accordée pour faire les obsèques des deux iépoux.. Le même tombeau les attend dans un boit éloigné de la ville , où repose la cenS^re des piinces, des guerriers et des citojens. L'infanterie ouvre la marche : les soldau , rangés en si-

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lence , la tête penchée sur leurs boucliers , le TÎsage baigné de pleurs , portent leurs armes renversées , marchent d'un pas égal et lent , marqué par les coups lugubres des tambours entourés de crêpes. La cavalerie les suit , traînant dans la poussière ses étendards. Des esclaves mènent en main les tristes coursiers d'Almanzor , couverts de longues housses noires , chargés du turban , de la lance , du cimeterre du héros. Ces coursiers , jadis si superbes quand ils portaient leur maître aux combats , semblent connaitre leur malheur ; ils baissent leur fi*ont vers la terre, lèvent avec peine leurs pieds tardifs, et vont balajant le sable de .leur crinière longue et touffue.

Après euxy'cent Jeunes garçons , couronnés de c^rprès et de roses blanches , tiennent des vases remplis de parfums. Cent jeunes vierges les suivent , jetant sans cesse des fleurs sur Almanzor et sur Moralme, que portent dans un même cercueil les chefs de la tribu des Alabez. Lei imans marchent auprès deux, priant k voix basse Tange de la mort de conduire ces ftmes pures dans Theureux séjour des martjrs. Ils précèdent le roi Boabdil, environné de sa cour , d*Alamar et des Zégris g qui feignent de verser des larmes. Le vén^-

ftoB GONZALYE DB CORDOUE.

rabl< Mulei , l'infQrtunée Zuléma , n*Miralent pu , sans mourir , les accompagner : seuls ils étaient restes dans la ville. Le peuple 'vétn de deuil , gardant un morne silence , suit à pis lents la triste dépouille du dernier soutien qui lui restait..

Arrivés dans le bois solitaire , nommé par eux la forêt des larmes , les corps sont déposés dans le tombeau. Les imans disent les prières. Bientôt les vierges , d*une voix plaintive, commencent Tbjmne de la mort : tous, les ^eux baissés vers la terre, les mains croisées sur la poitrine , écoutent ce chant de douleur:

P1.EUIIE, famille d^ismaèl, Pleure le plus grand de tes frères , .Celui dont les vertus si chères Fléchissaient pour nous l'Ëtemel.

Invincible comme nos pères , Ckmune eux, hélas ! il htt nÉDrtek Pleure, fanulle d^mael, Pleare le plus grand de tes fraies.

f^UÂVD le cadre, ^ dans ks aîrt E\>rtait sa tête vcrdo jtmte , Tombe, et de sa dbute bruyaoli Fait gémir au loin les déserts^ Les larmes des tristes beigèret Demandent un ombra^ au ciel.

Pheme, finBÎUe tffanaël, Fkuie 3e plus gnmd de tes feères.

JouB funeste , jour de douleur,

Où deux époux meurent ensemble ,

OÙ ie même tombeau rassemble

"La vertu, l'amour, la valeur!

Ton souvenir, dans nos misères , • •

Sera dier autant que cniel.

Plrtire, fàonflle d'ïsmuëî,

Pletirè I§ piltts grand de tes frères.

Fendant «et hywÊUs §^ûtmhst , las iau^^ «bhcTent ia cérâttoàte. La terre eafenu» b cor^is d'AlmaBBor et celui de M^rafoM. Uoe «■iplepieirreleacMivre; et Untê li^inis , gradés «nw k piesre , tendent ce t^nrbean plus .ancré que ne le forent jamais les ^Mtttenx maujîoléef.

Béiàs ! «ette yiw€ douleur / cet regrets «■nen , tomels , qna ressent tout 1^ peuple iiMOire , accablent ïàèus de Gonzalre ; il yoqdrait racàeter d« aea }o«rt les jqum do héros qui n*eft i^s. h'iàée que ZvAéma le croît coupable , la ci>aînt<i qu -eiUa «e succombe a ses maux , qu'elle m hailae celui qui ne reapive que pour elle , tous Vos toufinens du désespoir , rendus pki$ afiwnx |>tur l'incertîtnde , Tiennent rasaailHr à la foilk U éocofe tout« U

5bié OON ZAIiYB Dfi CORDOUE.

nature 7 il roule eent projets intentés : tut&t il yeut aller à Grenade olfrir sa tète à ses en* nemisf tantôt il veut quitter le siège, ci s'exiler dans on désert. En proie aux rôres , au délire d une imagination ardente qu'allnnie une passion plus vive encore , il s'agite , s'inquiète, soupire, change k chaque instant d« 'dessein , reprend ceux qu'il ahandonna , le-, Jette celui qu'il est prêt à suivre; et, pour comble d'inibrtune, il n'ose confier ses peines à son ami presque mourant , à son ami , dont ta râleur en fut l'innocent cause. Il ne peut pourtant lui cacher le ytolent chagrin qu la tue, mais il Ini donne un autre motif : Il trompe l'amitié par délieatesse, et ini disalmnle ses maux*, de peur qu'elle ne les sesit« tfopbYiTement.

Mais ses maux surpassent ses forces , la héros ne les soutient plus. La mort, les tup* t>lices , la honte ^ sont moins redoutables pour lui que la haine de Zuléma ; il brayera tout pottr l'ériter. La trêve jurée lui donne l'espoir de pénétrer dans Grenade; son amour, même sans la trêve , le lui ferait hasarder. Il prend l'habit, la baguette blanclw qui distinguent les hérauts d'armes. Il ne veut ni cuirasse , ni glaive : qne lui importent ses jours , s'il ne p*«t se justifier ? Il n'instruit personne de son

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