‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 112 sur 135 · LIVRE IX. ai · texte numérisé non relu

LIVRE IX. ai

gloire dune vengeance que ton âme pare et sensible rejetterait avec horreur.

Dès ce moment, n'écoutant plus que les conseils du désespoir , elle court près des Alabez pour se fiûre ouvrir la prison de Gon> salve. Ses efforts sont inutiles , le jour entier s'est écoulé sans que la tendre Zuléma puisse concevoir lespérance d'accomplir son généreux dessein. La nuit vienjt , et la princesse , plus hardie dans les ténèbres, marche ellemôme vers la prison. Elle implore , elle supplie les soldats de la laisser pénétrer un instant dans cet horrible séjour, elle le demande au nom d'Almanzor ; et ce grand nom , ses prières, ses larmes , l'amour , le respect qu'inspira toujours la vertueuse Zuléma , touchent enfin les âmes dures des satellites de Boabdil. Les portes s'ouvrent et se referment sur la princesse : elle entre , tenant d'une main une coupe qu'elle a cachée à tous les jeux, de l'autre une faible lampe *, elle s'avance d'un pas tremblant , et se présente devant le héros..

Gonzalve , dit-elle d'une Voix douce , vous m'estimez trop pour m'attendre ici. S'il n*avait £Ula que sauver vos jours , ma vertu èj serait refusée. Sûre de mourir après vous j'aurais laissé périr celui qui n'a pas épargne mon frère, qui n'a pas craint de sacrifier et

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ai3 GONZA^VP LE CORDOCE.

son amante et ses sermens ; mais il faut tou» préserver de l'opprobre , de Tinfamie , et j'ai dû me souYcnir que Gonzalre m'en préserya. Vous m*avei conservé l'honneur , je viens acquitter ma dette. Tu m'as trop prouvé, cruel, que cet honneur t'est plus cher que Tamour. Moins coupable et plus malheureuse , je remplis mes devoirs envers tous deux en t'apportant ce poison. Prends cette coupe , Gonzalve, quand j'en aurai bu la moitié : voilà le seul et triste secours que je puisse t'offrir contre nos tjrans. Ta mort est sûre; les outrages, les tourmens t'attendent : échappe aux bourreaux, et meurs avec moi. Ton trépas est dû peut-être k la cendre de mon frère; le mien expiera le crime de ne pouYolr cesser de t'aîmer.

En disant ces mots , elle porte la coupe à ses lèvres; un cri de' Gonzalve retient sa main. A. peine revenu de sa surprise , de sa joie, de sa frajeur, le héros soulève ses chaînes , saisit la coupe , et tombant à genoux :

Que je suis heureux! lui dit-il, je vous vois , je peux vous parler , je peux me justifier à vos pieds du crime que je n'ai point commis. Ah .' que Boabdil épuise sur moi sa vengeance, sa barbarie ; que les plus horribles tourmens lassent les force de mes bourreaux : vouJ

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