LIVRE IX
êtes ici , Zuléma , vous avez daigné me cher- <her jusque dans le séjour du crime; YOUi m'avez cru le meurtrier d'Almanzor, et voui ne m'avez pas haï Que peuvent maintenant contre moi tous les tyrans de la terre? Vous m'aimez et je vous ai vue ; je meurs content , j'ai vécu.
Mais ne gardez pas votre erreur fatale^ cessez de .croire que mes mains ont pu verser le sang de votre frère. J'allais le combattre, il est vrai; j'allais, fidèle à l'honneur, et plus fidèle encore à vous, mourir sous les coups d'Almanzor , lorsque attaqué par vos Numi-' des , je n'ai pu rejoindre l'armée. Un héros , mon ami , mon frère , a pris soin de sauver ma gloire, il a paru sous mes armes, il a combattu pour moi; près de périr, son glaive fatal
Grand Dieu , s'écrie Zuléma , je te bénis , je te rends grâce I Mon cœur me l'avait annoncé. . . O mon digne frère , ne t'offense point si je cesse de gémir un instant en recouvrant le "droit si doux d'aimer toujours celui que j'adore : Gonzalve , je ne doute point de ce que me dit votre bouche; mais expliquez-moi ce prodige. Hélas! je ne puis espérer que votre tort en soit adouci; Boabdil a trop d'intévct k vous punir de vos exploits. J'irai du moins
iio GONZALYE DE CORDOUE.
prévenir -mon pk^, j'irai réreyllen sa pitié; i'emploîfai près de Boabdil , près du peuple, près d'Âlamar même , tous les efforts , tous les mojens qui sont au pouvoir de Tamour. J'instruirai vos rois de votre péril, je tenterai tout pour sauver votre vie ; et , si je ne puis réussir , fière , glorieuse de vous aimer , 'de pouvoir l'avouer sans crime , je viendrai mourir avec vous , en vous parlant de ma tendresse , en renouvelant les sermens que je n'ai jamais violés , en vous donnant ce nom d'époux qui, si j'en juge par le plaisir que j'éprouve en le prononçant , doit nous rendre tous deux insensibles au plus douloureux des trépas.
A ces mots elle jette la coupe , et fait relever Gonzalve. Le héros , pénétré de )oie , d« reconnaissance , d'amour , saisit la main de la belle Maure , commence , interrompt le récit qui doit le justifier ; ses sanglots étouffent sa voix : enfin , pressé par le temps , il achevait ce triste récit , lorsqu'un bruit soud^aln se fait entendre. Les portes du cachot s'ouvrent tout k coup; Alamar,- Alamar lui-même parait environné de flambeaux. Zuléma tombe éva- Donie , Gonzalve la soutient dans ses bras, k prince africain demeure interdis
Bientôt la fureur , montée à ion comble , se