LIVRE DIXIÈME
Laba court à la recherche de Gonzalve. Il s'égara dans une forêt. RcDContre qu'il £dt II approid I0 danger du hëros. Il court au tombeau d'Almanzor. Il trouve Gonzalve près de périr. Combat de l'amitié. Lara sauve son ami. Tous deux reviennent à Tannée. Ferdinand envoie Gonzalve prendre Carthame. Détail de cette expédition. Le héros revient triomphant II reçoit un billet de Znléma. Dernier assaut. Exploits de Gonzalve. Prise de Grenade. Combat du héros et d'Alamar. Zulëma et son père sont délivrés. Entrée dlsabeUe, Hjmen de Gonzalve et de Zuléma.
Tille du ciel, trésor de l'âme, source de nos biens les plus chers , sainte amitié , Tiens embellir les derniers traits de mon ouTrage ; mêle à la fin de mes récits cet intérêt attt- ^ chant qui toujours entraine et jamais n'étonne, qui presse le cœur sans le déchirer, et £ut couler des pleurs délicieux , si semblables k ceux de l'amour. Que dis- je ? ils sont plm doux encore. Cet amour yii, passionné , capable de tous les efforts , ennobli par tontes les rertus, cette idole de la jeunesse , a besoin
GONZALYE DE œRDOUB. LIVRE X. 219 des voiles du mystère , son culte , quelque pur qu'il soit , se cache , se dérobe aux regards , et sa récompense est un sacrifice dont rhonneur ordonne l'étemel secret. L'amitié se plait , au contraire , à se montrer aux yeux des mortels : aussi délicate et plus courageuse , elle ne craint pas de leur révéler ses peines et ses jouissances , ses' inquiétudes et ses plaintes : elle j trouve même des charmes, elle fait sa gloire de les publier. L'amour rougit d'être découvert, l'amitié s'honore de servir d'exemple.
Lara, dont l'âme tendre et sublime existe pour la seule amitié , Lara blessé , presque mourant , n'avait pensé qu'à Gonzalve. Un jour entier passé sans le voir, l'ignorance des lieux qu'il habite , l'inquiétude des dangers qu'il court , le tourmentent plus que ses maux. Dès le soir même de la journée où le héros a disparu , Lara , malgré sa âublesse , s'est fait donner un coursier. Il ne peut porter sa cuirasse , le poids de sa lance est trop grand pour lui ; pAle , chancelant , épuisé , le sang et les forces lui manquent ; mais son ami lui manque encore plus. Sans armure , sans défense , encore ceint des voiles de lin dont on a bandé ses plaies , Lara , suivi du bon Pedro , qui pleure son maître absent , se met
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en ip arche au moment même. Tous deux s'enfoncent dans la forêt où Gonzalve , peu, de jours auparavant, avait trouvé la belle Zuléma. Us pensent que c'est le chemin que doit avoir pris le héros ; et , se laissant guider par le ciel , ils errent sous ce vaste ombrage.
Les ténèbres couvraient la terre ; la nuit , au milieu de son cours , fujait dV'jà vers l'occident , lorsque les deux vojageurs arrivent au pied d'une haute montagne couverte de tristes sapins. Le bruit d'une source abondante , tombant en cascade parmi les rochers, se mêle au murmure plaintif des arbres balancés par le vent, aux cris funèbres des oiseaux de nuit perchés sur la pointe des rocs. Le héros s'arrête auprès de cette onde pour désaltérer son coursier. Pedro regarde attentivement le sommet de la montagne, et le faible éclat d'une seule lumière , qui brille à travers la sombre verdure , indique au fidèle Pedro qu'un ermite ou qu'un solitaire habite cet affi^ux désert.
Aussitôt il propose à Lara de monter jusqu'à l'ermitage , de s'j reposer quelques instans. Lara cède à sa volonté. Ils cherchent ensemble , trouvent un sentier ; mais la pente en est si rapide , qu'ih sont forcés de quitter leurs chevaux. Pedro les conduit tous le«