LIVRE X. a3t
deux. Lara coupe une forte branche , appui* sur elle ses pas chancelans , et précède le vieux serviteur.
Arrivé long-temps avant lui ,' le héros découvre au milieu des roches une humble et chétive chaumière d'où s'échappait la faible lueur. La source brujante coulait à l'entrée^ Devant la porte était une pierre couverte de mousse et de joncs marins. A peine parvenus jusqu'à la pierre , Lara s'arrête pour entendr» une voix qui chantait ces douces paroles :
UNIQUE objet de ma tendresse,
Jeune Tictime de l'amour,
Je consens à pleurer sans cesse ^
Consentez à souffrir le jour :
G'^st pour moi que je vous implore ;
Vivex , pour que je vive encore.
Souvent votre bourbe m'assure Que votre cœur sait me cbërir; Je n'ai que vous dans la nature, Et V0U5 désirez de mourir !
C'est pour moi que je vous implore; Vivez, pour que je vive encore.
Ev vous seule est ma cestince, Votre sort n'en est pas plus doux ; Que je me trouve infortunée D'être plus lieur«>use que vous !
a3a GONZALVE DE CORDOUE.
C'est pour moi que je vous implore ; Vivez, pour que je vive encore.
La Yoix se tait; une voix différente répond avec des sanj^lots :
O mon amie, ma seule amie, cesse dessajer des consolations qui m'attendrissent sans me soulager. Tu sais si mes larmes peuvent tarir ; tu sais si je dois oublier et les malheurs que j'ai soufferts , et les malheurs plus grands que j*ai causés. Laisse-moi, laisse-moi nourrir une douleur trop légitime. Contente -toi des efforts pénibles de ma vive et tendre amitié î j'ai vécu jusqu'à ce jour, c'est bien assez, mon unique amie. Sans toi, crois- tu que j'eusse profité du ttîste bienfait de Lara ?
A ces derniers mots, à son nom qu'il entend avec surprise, Lara fait du bruit, s'avance , et demande l'hospitalité. Il voit deux femmes effi*ajées qui , sans répondre , prennent la fuite. Le héros les rassure , les suit jusqu'à la porte de leur chaumière. Bientôt l'une d'elles revient , tenant dans ses mains une lampe. Elle envisage Lara , elle pousse un cri de joie.
Est-ce vous, dit-elle en versant des larmes, vous que je n'espérais plus voir, vous qui sauvâtes ma maîtresse, et me rendîtes mon