LIVRE X
bien le plus cher? Ah! Zoraïcle, accourez, venez emhrasser votre libérateur*
Lara , qui reconnaît alors la malheureuse reine de Grenade , se hâte de voler au-devant d'elle , et Tempéche de tomber à ses pieds. Il baise avec respect sa main , s'oppose aux hommages qu'elle veut, lui rendre ; mais il ne peut se dérober aux transports de la sensible Inès. Entraîné par elle , il suit ^oraide au fond de son humble cabane. La reine l'invite à se reposer , lui présente un siège grossier , qu'Inès couvre avec une natte. Inès court lui chercher du lait, des dattes et des raisins. Un vase de bois d'olivier est rempli par elle à la source j elle revient l'ofirir au héros ; elle regrette ; pour la première fois , de n'avoir pas les vint parfumés des beaux rivages de l'Andalousie.
Lara , dans un étonnement mêlé d'une tendre pitié , contemple fixement la reine , et peut à peine retrouver ses traits. Ce ne sont plus ces jeux brillans dont la douceur tempérait l'éclat, ce front si charmant, si modeste , où la pudeur s'unissait à la grâce : une pâleur étemelle couvre ce front chargé d'ennuis ; des pleurs qui ne tarissent point , ont éteint le feu de ses jeux : Zoralde n'a plus d'elle-même que son amour et ses vertus. Lara regarde en sonpirant le séjour qu'habite une
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reine. Ces murailles couvertes de mousse , ce toit de roseaux et de chaume , tout TétODue , tout le confond. La reine le voit et sourit.
Ce n*est pas ici TAlhambra, lui dit-elle d'une yoix douce ; mais plut au ciel que Zoralde n'eût jamais connu d'autre palais ! Lorsque votre valeur m'eut sauvée, je crus pouvoir vivre à Carthame , au milieu des Abenccrrages , mes frères et mes amis. J'éprouvai bientôt que les malheureux ne peuvent qu'à peine se souffirir eux-mêmes, et qu'un désert est le seul asile où la douleur doive attendre la mort. Je pris la fuite avec mon Inès , que vainement j'avais suppliée de retourner dans sa patrie. Nous nous enfonçâmes au milieu des montagnes , et , dirigeant mes pas malgré moi vers la fatale Grenade , j'arrivai 'dans la forêt des larmes , où je savais que le brave 'Almanzor avait donné la sépulture aux restes d'Abenhamet. Grâces à mes soins , grâces à ceux d'Inès, qui n'épargna ni courses ni fatigues , je découvris enfin la place où reposait ce malheureux amant. Cette découverte fut pour mon cœur un événement plus grand, un plaisir plus vif et plus doux que celui que j'éprouvai lorsque vous vîntes m*arracher aui flammes. Je résolus de ne jamais quitter c^ lieu si cher à ma tendresse. L'espoir qu'Inès